"One Minute", de Thierry Crouzet

“One Minute”, de Thierry Crouzet

Il est 15 h 45 à Washington, 21 h 45 à Paris, 12 h 45 à Mountain View, 5 h 45 au Japon. One Minute, le feuilleton numérique de Thierry Crouzet, c’est l’histoire de cette minute précise. Celle où la vidéoblogueuse Sara Cash a annoncé que les radio-télescopes de la planète avaient capté un message extra-terrestre. Juste avant qu’une panne électrique ne plonge la planète dans le noir complet.

Ne croyez pas qu’en vous racontant ça, je vous spolie l’histoire: le génie de One Minute, c’est de raconter toujours la même minute, de points de vues multiples et différents. Parfois simples témoins, souvent acteurs directs ou indirects de l’intrigue principale, les personnages racontent ce qu’ils pensent être les tenants et les aboutissants des évènements.

Le mot-clé est “ce qu’ils pensent”. Car l’auteur s’amuse visiblement à multiplier les pistes, sans jamais décider clairement ce qui est vrai ou non. Certains sont persuadés de l’hypothèse extra-terrestre, d’autres y voient l’émergence d’une intelligence supra-humaine, mais que penser de ces “analystes”, de ces humains aux compétences mentales sur-développées?

Chacun des épisodes de One Minute fait quelques pages, mais il y en a plus de 220, à l’heure où j’écris ce billet. Thierry Crouzet les publie à raison d’un par jour, sur son blog et sur Wattpad, mais aussi en livre électronique. À mon avis, c’est un des exemples les plus convaincants d’une expérience littéraire différente par l’usage de ces nouvelles plateformes.

Hormis cette nouvelle forme de média, la forme est plutôt agréable, sans être révolutionnaire non plus. On a tout de même droit au point de vue d’un écureuil, ce qui n’est pas banal. On retrouve aussi, à travers les histoires des différents protagonistes – à chaque fois différents, c’est logique – la vision d’un futur proche inquiétant, avec sa surveillance ubiquitaire (et inefficace) et des nuées de drones dans les cieux.

Difficile de savoir comment (et quand, même si je suppose 365 épisodes) One Minute va se terminer, mais il serait dommage de rater cette expérience intéressante de feuilleton de science-fiction, qui allie une structure hors norme et une intrigue plus qu’intéressante – même si, dans mon coin, je râle un peu sur le fait que ça touche par la bande certains des thèmes auxquels je pense pour “Progressions” (contact extra-terrestre et pouvoirs psychiques).

C’est ça, les auteurs maudits: toujours à râler sur les gens plus doués que soi.

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