«Le Paris des Merveilles», de Pierre Pevel

“Le Paris des Merveilles”, de Pierre Pevel

Pierre Pevel est à l’origine d’une de mes grandes frustrations littéraires et de sa résolution heureuse, avec la parution récente des trois volumes du Paris des Merveilles. En effet, après avoir lu et apprécié Les Enchantements d’Ambremer, il y a quelques années, je n’avais jamais pu mettre la main sur sa suite, L’Elixir d’Oubli. Et c’est donc ces deux ouvrages qui ont été réédités chez Bragelonne, enrichis d’un troisième, Le Royaume Immobile.

J’ai donc relu Les Enchantements d’Ambremer – qui m’a autant plu qu’à l’époque, sinon plus – et, dans la foulée, enchaîné avec L’Elixir d’Oubli et Le Royaume Immobile, chaque fois avec un égal bonheur. Oh, je suis sûr que si je devais regarder chaque volume sous le nez, je leur trouverais des défauts, mais pour le coup, je suis plutôt sous le charme.

Le Paris des Merveilles, c’est celui de la Belle-Époque, mais dans un monde où, à la fin de l’épopée napoléonienne, les fées ont révélé au monde leur existence. Un monde où Ambremer, le royaume des fées, a son ambassade à Paris, où les créatures des contes et les mages cohabitent avec la population terrienne. On peut se rendre de l’une à l’autre par métro et la Tour Eiffel est une merveille en bois blanc qui chante sous la lune.

C’est dans ce contexte qu’évoluent les protagonistes des trois romans. D’abord, Louis Hippolyte Denizart Griffon, mage du Cercle Cyan, et son épouse-mais-séparée-mais-ça-dépend (en langage Facebook: « c’est compliqué ») Isabel de Saint-Gil, aventurière et femme du monde – et, accessoirement, enchanteresse, c’est-à-dire fée vivant de longue date parmi les mortels.

Selon la formule consacrée: ensemble, ils combattent le crime. Encore qu’Isabel a aussi parfois tendance à le commettre.

Les intrigues sont assez classiques, à base de sombres secrets, d’identités volées, de machinations de la Reine Noire et de Dragons renégats, mais Pierre Pevel maîtrise suffisamment bien son contexte pour pouvoir se permettre de les alambiquer à loisir et de jamais révéler son jeu avant l’heure. C’est également un maître du petit détail qui a son importance plus tard.

Le contexte est certainement l’un des points forts de ces trois romans: le monde du Paris des Merveilles – alliant l’extravagance et l’élégance de la Belle-Époque, le fantastique féerique et magique, ainsi qu’un soupçon de steampunk – est remarquablement bien décrit et raisonnablement original. Les rôlistes pourront y voir un écho du monde de Castle Falkenstein, mais sans l’aspect géopolitique terrien.

Cet aspect manque d’ailleurs un peu ici et cela me laisse une légère impression de superficialité. Les allusions à la future Grande guerre sonnent un peu creuses, quand on ne sait pas ce que font la Grande-Bretagne ou la Prusse en 1909 – sans même parler des États-Unis. Mais c’est un point de détail qui risque de ne gêner que des pinailleurs dans mon genre: je ne suis même pas sûr que de telles considérations auraient réellement leur place dans ces ouvrages.

Car le deuxième point fort de la trilogie, c’est son style, que l’on sent voulu comme un hommage aux romans du début du XXe siècle. J’avais déjà souligné le talent de Pierre Pevel pour adopter un style « à la Dumas » pour Les Lames du Cardinal, il fait de même ici sans sombrer dans les travers du pastiche et avec quelques trouvailles littéraires que j’ai trouvé fort plaisantes.

Tournures de phrases très ludiques, descriptions passionnées – on sent l’amateur d’escrime et d’élégance – et mélange de style entre la préciosité des gens de bonne fortune et le populo, tout est fait pour l’immersion du lecteur.

Si vous ne l’aviez pas compris à ce point, je précise: j’adore cette série. Elle est très divertissante, très bien écrite, avec un contexte fascinant et très dépaysant. Le Paris des Merveilles est un trio de romans qui devrait ravir les amateurs de Belle-Époque, de fantastique (presque) contemporain et d’aventures.

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