Parti Panurge

J’étais parti (ha! ha!) pour écrire un article très énervé à la suite des déclarations d’un homme politique socialiste français qui évoquait un “devoir de solidarité” de son parti pour voter la confiance au gouvernement. En gros, tu votes sans discuter, sinon tu es un (social-)Traître. Ou quelque chose dans ce goût-là.

Et puis j’y ai renoncé quelques semaines et c’est tant mieux, parce qu’entre temps, mon frère jumeau (très bien) caché, Ploum, a publié un article intitulé Élections, demandez le programme !, qui offre un éclairage bien plus intéressant que mes élucubrations à chaud, la bave aux lèvres.

Si le premier sujet pointait vers ce que je considère comme un des travers les plus flagrants et détestable de la politique en général et de la politique française en particulier – à savoir le fait qu’au sein d’un parti politique, le parti devienne plus important que la politique – le second souligne l’absurdité de cet exercice pourtant incontournable de tout candidat politique: le programme.

Les deux ensembles font apparaitre un portrait de plus en plus inquiétant de la politique: une sorte de bataille entre communicants, où les mots-clés et la discipline sont plus importants que les valeurs et, surtout, que le désir de vouloir construire quelque chose.

C’est en France que la situation me parait la plus sombre, principalement à cause de l’aspect quasi-monarchiste de la fonction publique, de ses avantages en natures et de ses appartements et voitures de fonction. La politique y est – plus peut-être qu’ailleurs – un jeu de pouvoir où son exercice est plus important que tout autre aspect.

Je ne connais pas la situation en Belgique, mais en Suisse, ce côté “ors de la République” nous est relativement épargné, à cause de l’aspect “milicien” de la chose publique (les élus sont rarement des professionnels de la politique).

Par contre, pour ce qui est du programme, la question se pose de façon similaire: le système suisse est lui aussi, en grande partie, proportionnel. Il n’y a pas moins de onze partis représentés au Conseil national, la chambre basse du Parlement suisse, répartis en huit groupes dont le plus gros contrôle un poil plus que le quart des voix. La concertation et le consensus sont donc obligatoires et, de fait, on peut effectivement se demander à quoi servent les programmes politiques, dans ces conditions.

Sauf, que, quand on regarde, le parti majoritaire dans ce Parlement – l’UDC, puisqu’il faut hélas le nommer – est également un des partis qui fait le plus parler de lui autour de la notion de programme, justement. Programme souvent foireux, inapplicable et, quand il est imposé par la voie d’initiatives populaires, propre à mettre le pays dans une cacade à grand spectacle, comme on a encore pu le voir début février.

Le problème est là: comme le dit Ploum, on arrive à un moment où, plus qu’à aucune autre, on a besoin d’une certaine forme de flexibilité, mais, dans le même temps, le commun des électeurs a tendance à craindre cette flexibilité.

On entend souvent, dans la bouche de ceux qui votent pour des partis extrêmes, l’argument que, de toute façon, les autres sont tous les mêmes: cette flexibilité apparait comme une collusion entre gens de pouvoir qui, finalement, se moquent bien de ceux qui votent pour eux. Nous vivons une époque qui, à tort ou à raison, apparait à beaucoup d’entre nous comme incertaine. Ce qui signifie que la plupart des gens recherchent justement des repères forts.

La clé est, comme bien souvent, l’éducation. Il faut arriver à expliquer pourquoi les programmes politiques sont, au mieux, des vœux pieux et, au pire, un miroir aux alouettes. Et, surtout, proposer une alternative qui se démarque de ce qui existe déjà, dans la forme comme dans le fond.

C’est sans doute ça le grand défi pour faire de la politique autrement.

P.S. En parlant d’éducation, Souquez les Artimuses, un autre blog de pirate belge, propose quelques règles de bon sens pour les élections.

(“Vote here”, photo par Daniel Lobo via Flickr, sous licence Creative Commons.)

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