Person of Interest

Person of Interest

On reconnaît souvent les séries marquantes à leur générique. Celle de Person of Interest commence avec la voix d’un des personnages, qui annonce:

“On vous surveille. Le gouvernement possède un dispositif secret. Une machine ! Elle vous espionne jour et nuit, sans relâche. Je le sais parce que c’est moi qui l’ai créé.”

Cette personne, c’est Harold Finch, informaticien de génie qui a choisi de se faire passer pour mort après avoir échappé à une tentative d’assassinat qui l’a laissé boîteux. Sa “machine”, il l’avait créée au lendemain du 11 septembre, pour tenter de prévenir une nouvelle attaque, mais elle s’est avérée plus intelligente que prévu et peut prévoir des crimes à venir.

Au début de la série, Harold engage un SDF, John Reese, qui est un ancien agent de la CIA. Son nouvel objectif: enquêter sur des persons of interest – euphémisme très américain pour parler de suspects potentiels, dans le cas présent coupables ou victimes – et tenter de les sauver ou de les empêcher de nuire. Une grande partie de l’intérêt est bien évidemment de deviner si leur objectif est l’un ou l’autre; il y a des pièges.

Au fur et à mesure des saisons, l’équipe va commencer à ressembler à une vraie table de jeux de rôle pour malajustés de concours: outre Harold et John – ce dernier plus à l’aise dans l’action brutale que dans l’enquête subtile – on va trouver Fusco, un flic ripou, Carter, aussi policière, mais ancienne des forces spéciales, Shaw, ancienne acolyte de John à la CIA et sociopathe, et enfin Root, aussi informaticienne avec un passé de tueuse en série. Sans oublier le chien.

Cela dit, malgré une telle équipe de choc et un format de police procedural classique dans les premiers épisodes, Person of Interest évolue très vite vers une série bien plus complexe et subtile. La vraie question, ce n’est rien de moins que la place de l’homme dans un monde où apparaissent les premières superintelligences artificielles. En ce sens, c’est une vraie série de science-fiction, tout en restant ancrée dans le contemporain.

Je viens de regarder la toute fin de la série, qui s’est conclue après cinq saisons et un peu plus de cent épisodes et je peux conclure que c’est de la très bonne came. Non seulement le contexte de surveillance globale, l’histoire et les personnages sont excellents, la série parvient également à gérer l’équilibre entre l’action, la tension et l’humour.

Les personnages et leurs acteurs y sont pour beaucoup. Tous ont des caractères entiers, souvent en opposition de style, ce qui donne des face à face de haut vol et de grands moments de décalage. Mention spéciale à l’épisode où la machine, au cours d’une simulation, leur fait dire des répliques génériques, genre “remarque cynique” ou “affirmation pessimiste”.

Avec leurs passés de black-ops, ils ont aussi un peu tous une approche désinvolte dans l’utilisation d’armes de guerre qui fait souvent mouche – au sens propre, comme au sens figuré du terme. Reese, notamment, possède pas mal de points communs avec un Terminator. Néanmoins, ils sont loins d’être complètement monolithiques et tous connaissent une évolution impressionnante au cours de la série.

Person of Interest pose pas mal de questions qui fâchent sur la politique de l’État-surveillance, sur les relations incestueuses entre les entreprises qui vendent de la sécurité et les politiques, plus généralement sur la politique américaine post-11 septembre, avec ses assassinats extrajudiciaires.

Elle n’oublie pas non plus de poser la question qui fâche, celle de la responsabilité des citoyens qui demandent cette sécurité et, donc, cette surveillance, quitte à abandonner leur vie privée et leurs libertés entre des mains pas forcément amicales – ici, c’est une superintelligence pragmatique et amorale, mais c’est un qualificatif qui peut également s’appliquer à une bureaucratie plus classique.

J’ai vu, sur pas mal de sites geeko-technologiques des critiques dithyrambiques sur le ton “meilleure série de SF, EVAR!” Sans aller aussi loin dans l’enthousiasme, je suis de l’avis que Person of Interest est une des meilleures séries de science-fiction de la décennie, sans doute dans le trio de tête.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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5 réponses

  1. Lianne dit :

    C’est une de mes séries préférées, faut que je la continue d’ailleurs, j’ai un peu de retard =)

  2. Palinca dit :

    Et la bande son ? je l’adore ^^
    Une de mes séries préférées également avec Dead Wood, The Wire, Battlestar Galactica…

  3. Rappar dit :

    eh bien merci: j’avais regardé les premiers épisodes, puis j’ai lâché. La faute à la programmation de 3 épisodes à la suite, ça finit par gaver; et à la périodicité irrégulière (merci TF1!)

    Le côté SF je ne m’en étais pas aperçu (Tous ces moyens de surveillance, c’est plutôt de l’anticipation, non? 😉 ; par contre j’aimais bien le côté thriller, le côté : “il va se passer quelque chose autour de cette personne, on ne sait pas quoi” et policier.

    Ah oui, c’est pas un “procedural” – un procedural, (mais j’ai la flemme de vérifier) c’est le crime de la semaine dans Law & Order, où Les Experts, quand on suit les procédures et les étapes de l’enquête et du procès. Là, heureusement, chaque épisode est suffisamment différent. 🙂

    • Alias dit :

      Ça commence comme un procedural, avec le “nombre de la semaine”; c’est après quelques épisodes que ça devient plus touffu.

  4. lutin82 dit :

    C4est une des séries que j’adore. Elle a bonifié en cours de saison 2, pour devenir un sacré prgramme TV.
    Je ne m’avanturerais pas à dire que c’est la meilleure de la décennie, mais sans doute n’st-elle pas loin.

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