Pour une plateforme d’archivage du jeu de rôle

Bon, je crois qu’on a suffisamment glosé cette dernière semaine sur les sites de « partage » de jeu de rôle, abandonware et autres warez plus ou moins assumés, si on essayait maintenant de mettre en place des solutions?

Avant toute chose, un petit mot sur mon point de vue personnel sur la question, pour ceux qui n’auraient pas envie de lire mes trouze mille billets et commentaires précédents: je pense que la survie et la sauvegarde du jeu de rôle passe par une plus grande diffusion et que, loin de représenter un danger pour les ventes, la disponibilité en téléchargement des jeux est plus probablement un bon moyen de les faire connaître et d’augmenter les ventes.

Ceci posé, il est temps d’invoquer les dieux tutélaires des stratèges de salon: Yaka, Yfokon et Yzonka. Accrochez-vous, ça risque d’être long.

Que mettre en ligne?

Dans l’absolu, tout. La vraie question, c’est plutôt « quand ». Je pense qu’il faut distinguer d’abord trois catégories de gammes de jeux de rôle, voire deux en serrant un peu:

  1. Les gammes en activité ou juste temporairement en sommeil;
  2. Les gammes terminées, pour lesquelles l’éditeur n’a pas l’intention de sortir des suppléments dans un avenir proche;
  3. Les gammes abandonnées, soit parce que leur auteur est passé à autre chose, soit parce que l’éditeur a disparu – encore que la différence entre cette dernière catégorie et la précédente reste discutable.

Pour la première catégorie, les gammes encore en activité, c’est sans doute le cas le plus clair: sauf avis exprès (mise sous licence Creative Commons ou assimilée), on ne copie pas; les boutiques sont là pour ça.

Ceci dit, je pense qu’il pourrait être malin de fournir – gratuitement ou pour une somme nominative – un fichier numérique de l’ouvrage en basse résolution, voire simplifié (texte seul, mise en page minimaliste). Ça peut aller de pair avec les « kits de démarrage » disponibles pour certains jeux – encore que, dans ce cas, il y a souvent un travail supplémentaire à fournir pour avoir une version raccourcie du jeu qui tienne la route.

Pour la deuxième catégorie, ce que j’appelle les gammes terminées, je verrais bien une stratégie qui, dès la « mort » de la gamme, permette une mise en ligne de PDF de bonne qualité (mise en page complète en résolution acceptable, genre 150 dpi), là encore gratuitement ou pour un prix raisonnable. Il pourrait même être intéressant de passer ces jeux en licence Creative Commons, pour permettre à d’autres de les reprendre, le cas échéant.

Le troisième cas, les gammes abandonnées, peut suivre le même chemin que la deuxième catégorie. La grande question est d’obtenir un accord formel de la part des ayant-droits (auteurs et/ou des éditeurs) et, accessoirement, d’obtenir une version numérique des ouvrages. Rares sont ceux qui étaient mis en page électroniquement avant 1990 et, dans ces cas, encore faut-il obtenir des formats de fichier compatibles. Je vous passe les détails techniques: de mon expérience professionnelle, c’est souvent douloureux.

Je vois la différence majeure entre « gamme terminée » et « gamme abandonnée », dans l’activité autour du jeu: si les auteurs et/ou éditeurs sont encore un chouïa actifs, ou s’il y a une communauté importante qui la fait encore vivre. On peut aussi poser une question de temps: cinq ou dix ans après la sortie du dernier volume de la gamme, par exemple.

La Grande Bibliothèque Rôliste

Il existe déjà quelques solutions de vente en ligne pour des jeux de rôle francophones, en plus de ceux des éditeurs qui proposent eux-mêmes des fichiers. L’idée n’est pas de concurrencer ces plateformes, mais de créer un site qui propose des jeux et suppléments de gammes terminées ou abandonnées au téléchargement gratuit. En quelque sorte, une plateforme qui centraliserait la question de l’archivage.

Il existe déjà deux sites francophones – le GROG et la Scénariothèque – qui proposent, qui une base de donnée très complète sur les jeux et suppléments existant ou ayant existé, qui des suppléments et aides de jeux pour ces mêmes jeux. L’idéal serait d’avoir, sinon un projet commun de ces deux structures, du moins un projet qui pourrait reprendre une partie des données d’icelles pour fournir une offre complète: le jeu, sa fiche, ses suppléments officiels et officieux.

Le financement pourrait être assuré, d’une part par une contribution des éditeurs et, d’autre part, par un système de dons via PayPal ou Flattr; on peut même imaginer qu’une partie de ces dons soient reversés aux auteurs et/ou éditeurs, une fois les frais de fonctionnement du site couverts. Ce ne serait que justice, même s’il y a des chances que ce ne soit que quelques cacahuètes.

Quid des illustrateurs?

Dans le précédent article sur le sujet, j’ai eu un assez long échange au sujet d’un projet de réédition de INS/MV, tombé à l’eau à cause de l’opposition d’un illustrateur. Je n’ai pas retrouvé de trace d’un tel projet, mais de mon point de vue, c’est un non-problème: soit les termes du contrat autorisent explicitement la reproduction des œuvres en cas de réédition à l’identique de l’ouvrage, soit, en cas de refus de l’illustrateur, ses œuvres sont simplement retirées du fichier.

On peut aussi noter que, pour les illustrateurs, un tel outil d’archivage leur est également utile en gardant une trace numérique de leurs anciennes publications. Certes, cela signifie que d’autres peuvent techniquement s’accaparer leurs œuvres, mais c’est déjà le cas par d’autres méthodes, guère plus complexes.

Nouvelles éditions

Un autre commentaire lu, ailleurs sur d’autres conversations traitant du même sujet, c’est la peur pour un éditeur de lancer une nouvelle édition d’un jeu si l’ancienne édition est disponible gratuitement (et, surtout, si le nouvelle édition est piratée en deux jours, mais ce n’est pas tout à fait le même sujet).

De deux choses l’une: ou cette nouvelle édition est réellement nouvelle et, dans ce cas, la première édition, aussi largement copiée soit-elle, est obsolète, ou il s’agit d’une réimpression améliorée et est-ce vraiment une bonne idée? Personnellement, j’aurais tendance à préférer acheter une nouvelle édition qui m’apporte réellement quelque chose de neuf et pas seulement une retouche cosmétique; je peux me tromper, mais hormis quelques fanboys irréductibles – qui, de toute façon, achèteront tout – je crois ne pas être seul dans ce cas.

Et si on arrêtait d’avoir peur?

Je crois quand même que le fond du problème est que pas mal de monde balise sévère. Internet, c’est le grand méchant loup qui mange les petits éditeurs et souffle très fort sur leurs cabanes pour les faire tomber. Curieusement, peu de gens se disent qu’Internet, c’est peut-être plus un symptôme qu’un problème et, si ça se trouve, c’est aussi la solution à pas mal de ces problèmes.

Il ne faut pas se voiler la face: nous vivons une époque où il est de plus en plus facile de partager ce qui est numérique et numériser ce qui ne l’est pas. Dans le bureau où je travaille, il y a deux photocopies couleurs recto-verso, avec chargeur 50 feuilles; un coup de massicot et je numérise n’importe quel jeu en deux heures chrono – un peu plus si je veux faire les choses proprement. Et j’apprends aujourd’hui qu’il existe même un service aux USA qui le fait pour 1$ par 100 pages.

Du coup, il est illusoire de vouloir y échapper; autant ne plus rien produire. Mais je reste persuadé qu’il y a un avenir pour le jeu de rôle imprimé, ne serait-ce qu’en jouant sur le fétichisme du rôliste lambda, qui aime les beaux bouquins (et les jolis dés, et les figurines bien peintes, etc.).

Partant, utiliser Internet pour distribuer le plus largement possible des versions textuellement complètes, mais en production cheapos (et/ou optimisées pour une lecture à l’écran) me paraît beaucoup plus malin que d’essayer d’ignorer le problème ou d’employer la tapette à mouche légale sur les cuistres qui piratent.

Entre un bouquin mal scanné et à la légalité douteuse et un texte propre mis à disposition par les ayants-droits, je doute que les rôlistes hésitent longtemps.

(Image par eyemage sous licence CC-NC-SA)

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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56 réponses

  1. Loris dit :

    Quand est-ce qu’une gamme est abandonnée, au juste ?
    L’auteur de Tales from the floating vagabond a tout mis sur Drivethru. Peginc et WhiteWolf ont tout foutu sur DT aussi. La Méthode du Dr Chestel est dispo sur Amazon en version dure… Etc.
    Les gammes terminées, je songe à COPS qui s’est vu rééditer à l’identique (ou peu s’en faut).

    Bref, il y a aussi une difficulté pour déclarer « abandonware » un document de ce genre…

    • Alias dit :

      Techniquement, les seuls qui peuvent déclarer une gamme « abandonnée », ce sont les ayant-droits.

      Cela dit, j’imagine qu’une plateforme de ce genre aurait également comme mission de rechercher les ayant-droits d’une gamme de plus de dix ans (par exemple) et leur demander de la déclarer abandonnée ou, à tout le moins, de permettre sa publication sur la plateforme.

  2. Cuchulain dit :

    Voilà qui serait une bonne idée, notamment pour des vieilles publications du genre Ars Magica édition française ou des bouquins de Cthulhu introuvables ou encore des trucs de Descartes éditions (TORG par exemple ou encore Thoan).

    • Alias dit :

      Hmm, tu soulèves — sans doute sans le vouloir — un point auquel je n’avais pas pensé: celui des traductions. Pas sûr que, dans ce cas précis, les ayant-droits soient en France et qu’ils soient très enthousiastes à l’idée.

      • Hikaki dit :

        Dans ce cas précis, les ayant-droits sont aussi les traducteurs, donc encore plus de personnes à contacter.

        • Alias dit :

          Potentiellement, mais pas forcément; ça dépend du contrat.

          • Hikaki dit :

            Je ne connais pas beaucoup de traducteurs qui cèdent intégralement leurs droits. De toute façon, pour connaître les clauses du contrat, il faudra bien contacter quelqu’un. 😉

  3. Dampyre dit :

    C’est beau, ça me plait mais, honnêtement, je suis pas persuadé que ça se fasse de notre vivant…

    Encore une fois, et comme beaucoup de pirates le disent et le pensent, qu’ils aient télécharger le jeu qui vient de sortir ou Alienoïdsss, un PDF ne remplacera jamais un livre. Et c’est un détendeur d’un superbe ipad 64GO qui vous le dit. Un PDF fait un super renfort à un bouquin, mais le contact froid d’un écran tactile ne fait pas le poids face au plaisir du papier entre les doigts.

    D’ailleurs, je soulève une autre « problématique »: pourquoi l’heureux détenteur d’un livre devrait-il payer (ou abimer son livre) pour en avoir une version numérique ? Un principe du genre « Pour un livre acheter, obtenez un code pour obtenir gratuitement le PDF qui va avec » serait du plus bel effet (même si là n’est pas tout à fait le propos du billet d’Alias). Pour ce qui est de la sécurisation du PDF (pour éviter sa diffusion), il y a plein de solutions qui, même si elles sont parables, pourriraient suffisamment la vie d’un pirate en herbe pour le dissuader de faire de la diffusion.

    • Alias dit :

      Le prix et, au-delà, la problématique « pourquoi payer deux fois pour ce qui est fondamentalement le même produit » est en effet réelle.

      C’est pour cela que je suis de l’avis d’avoir, avec le bouquin, une version soit basse résolution, soit retravaillée sans illustration et/ou au format écran (paysage au lieu de portrait).

    • Dataripper dit :

      Je veux bien connaitre les méthodes de sécurisation, car je me suis bien penché sur l’histoire et je n’ai rien trouvé.

      • Alias dit :

        Aucune ne fonctionne réellement, donc je serais assez d’avis de ne pas s’en encombrer.

        • Dampyre dit :

          Y’a le « Watermarkage » mais il est virable, apparemment (j’en sais rien, j’ai jamais essayé).

          Après, en se penchant en peu plus sur le sujet, je suis sur qu’il y a moyen de faire mieux.

          • Dataripper dit :

            Je l’ai fait pour ma maison d’éditions et j’ai rien vu. Quant au watermark oui il se vire assez simplement.

  4. Les pdf c’est cool, mais ce qui serait mieux, c’est des réimpression.
    Pas des trucs à l’identique, plutôt la possibilité de faire de l’impression à la demande, quitte à reverser quelques deniers au passage à l’ayant-droit.
    Ça ce serait un belle innovation. Parce que chopper du pdf illisible (ou même très retravaillé avec sommaire, index et tout), c’est beau, mais pas toujours plaisant.
    Si je pouvais mettre la main sur plusieurs bouts de gamme qui me manquent, et surtout les avoir sur papier sans dépenser 200€ d’encre et de papier, là je serait bien content :).
    Je n’ai plus de nom en tête, mais il y a pas mal de services qui proposent de l’impression de documents à la demande.

    • Alias dit :

      Si, comme je le propose, on peut obtenir des archives à 150 dpi, c’est suffisant pour une impression numérique de bonne tenue.

      On peut même envisager, avec l’accord des ayant-droits, un lien avec un service d’impression à la demande, comme Lulu.com.

      Cela dit, comme le faisait remarquer fort juste Rom1 dans l’autre article, attention de ne pas non plus s’aliéner les boutiques et donc limiter cette pratique aux gammes qui ne sont réellement plus imprimées.

    • Dataripper dit :

      Je suis d’accord avec Infornographie, il faudrait proposer ce genre de service, un pauvre PDF c’est bien mais la possibilité de réimprimer c’est mieux. D’ailleurs tu parle de préservation du patrimoine et tu n’est pas le seul a en parler, mais a chaque fois c’est pour le PDF. Pourquoi ne pas le faire aussi avec des livre ? Cela ne poserais pas le problème de retrouver les aillant droit et en plus on aurais l’original. Le seul soucis serais le stockage, mais si on s’unit en association on pourrais faire comme l’association Mo5 pour le jeu vidéo.

      • Alias dit :

        La préservation des livres existe déjà: ça s’appelle le dépôt légal.

        • Oui, mais c’est moyennement accessible, et difficile d’organiser une super expo sur l’histoire du JdR, par exemple.
          Déformation professionnelle, mais je ne peux pas séparer conservation de mise en valeur ^^.

        • Tredok dit :

          A la base le dépôt légal n’est qu’un moyen de contrôler les bouquins qui sont publiés en vu d’une censure. Avec le temps cela a évolué (heureusement, même si certains archaïsme sont conservés pour les périodiques), mais le but premier n’est pas vraiment la préservation. C’est plus de connaître toute ce qui est publié en France, et de pouvoir constituer des réservoir de notices bibliographique.
          A long terme, l’aspect conservation va être problématique. Au vu de la masse de bouquins édités chaque année, la place va finir par manquer. Si tant est que ce ne soit pas déjà le cas.
          En tout cas, les bouquins de JDR sont eux aussi concerné par le DL. Toute la question, et c’est ce que tu soulève ici, est leur mise en valeur. Comme indiqué dans plusieurs commentaires, le problème se pose également pour les jeux vidéo.

      • J’y pensais aussi, mais j’ai oublié en écrivant pour commentaire ^^.
        La conservation des bouquins eux-même, des supports originaux, ça semble quand même top aussi.
        Par contre, je ne vois aucun bibliothèque se lancer là-dedans, même celles avec ludothèque.
        Et je n’ai pas souvenir que les lieux qui font un peu de conservation de jeux se soient beaucoup penchés sur la question du JdR.
        Une association à la MO5.COM pourrait faire des choses, c’est sûr… à condition de trouver de l’argent pour financer les acquisitions u__u.

        • Dataripper dit :

          Il y a aussi et surtout les don de particuliers, c’est d’ailleurs l’axe principal de Mo5, mais aussi comme tu le dit plus haut la possibilité de mettre en valeur la collection avec des expo et autres conventions.

          • Oui, mais il bien plus courant d’avoir deux megadrive – et en tout cas de pouvoir en retrouver une seconde rapidement – que d’avoir des exemplaires multiples d’un JdR très ancien.
            Et MO5 achète les pièces les plus anciennes/rares. Sans parler des achats rapides avant expo (suffit de voir de l’intérieur le boulot qui se passe en ce moment pour l’expo qui commence le 10 novembre au Grand Palais…)
            Mais donc, il y a sans doute quelque-chose à lancer, mais il faut sans doute que ça parte d’un déjà gros collectionneur qui veut faire un peu de mise en valeur et accepte de tout céder pour le bien de la conservation ^^.

            • Thôt dit :

              J’ajoute, en tant que bibliothécaire, que le dépôt légal des livres de jeu de rôle n’existe virtuellement pas. Allez visiter le catalogue en ligne de la BnF (http://catalogue.bnf.fr), vous ne trouverez pas grand chose… Pourquoi? Parce que beaucoup d’éditeurs créent leurs ouvrages comme des jeux et non des livres, ils n’ont donc pas d’ISBN (code barre commencant par 978-2), du coup pas de dépôt légal, du coup pas de TVA à 5,5% mais aussi du coup pas de prix unique du livre, pas de remises fixes, … Et donc moins de complication pour l’éditeur et les boutiques.
              Après, certains font de leurs jeux de rôles des livres au sens de la loi, mais tout le circuit professionnel s’en tamponne le coquillard, les remises varient à l’infini, le prix aussi, le marché de l’occasion n’est pas régulé… Bref, ne comptez pas sur les pouvoirs publics pour gérer un bordel créé par les éditeurs et qui arrange une bonne partie des créateurs/revendeurs/acheteurs.

              Donc: pas de respect strict du statut de livre=pas de dépôt légal=pas de conservation=pas de mise en valeur.

              P.S: Games workshop donne aussi un statut de jeu à ses romans tirés de son univers et traduits en france (publiés via black library)=impossible de les choper légalement en librairie

  5. Pascal J dit :

    Je trouve le concept intéressant, mais honnêtement je pense que peu d’éditeurs (qui représentent le plus souvent les ayants droits, à part pour les jeux micro/auto-édités) accepteraient l’idée. Notamment parce que beaucoup de jeux sont des traductions, notamment parce que beaucoup de titres appartiennent à des maisons encore en activité.
    Pour que cela marche, il faudrait soit que cela soit de leur propre initiative (et du coup cela devient une vitrine commerciale), soit qu’il sen retirent de l’argent…
    Si l’on veut préserver la gratuité, je propose un abonnement mensuel pour avoir accès à tout ce trésor numérique. Mais dans ce cas, pour rassurer les éditeurs, il faudra pourvoir arguer d’une certaine sécurisation, ce qui est ardu comme vous l’expliquez…
    Bref, je ne pense pas que cela soit internet qui fasse peur aux éditeurs, c’est la non maîtrise de leur diffusion immatérielle. Il faut trouver un moyen de les rassurer coûte que coûte, ou alors se contenter de faire un site sur le JDRA.

    • Alias dit :

      Ça dépend. Après un certain temps (disons 3-5 ans pour poser les choses), il devient de plus en plus difficile à un éditeur de vendre les produits d’une gamme donnée. Au final, on se retrouve avec des masses de bouquins qui encombrent un entrepôt et ne rapportent pas grand-chose.

      Alors oui, il y a toujours l’option de passer le bouquin en PDF et le vendre, mais la plateforme dont je parle n’a pas forcément l’ambition de concurrencer ce qui existe déjà dans ce domaine — encore qu’on pourrait imaginer une boutique en ligne pour jeux récents qui permettrait de financer la partie « archive » de cette même plateforme.

      • Pascal J dit :

        Pour un titre qui a encore du stock, et qui est donc encore exploité, je ne pense pas qu’un éditeur soit d’accord pour fournir l’ouvrage gratuitement (cela remet en cause le contrat d’édition, et pose d’autres problèmes juridiques).

        En revanche pour les contenus épuisés et non réédités, c’est possible, mais seulement avec le texte brut (il y a aussi des droits d’utilisation sur les maquettes et les illustrations) et uniquement avec l’accord des auteurs (et éventuellement des traducteurs).

      • Pascal J dit :

        A noter qu’un éditeur qui procède à la destruction d’un stock, parce que l’ouvrage ne se vend plus, perd automatiquement ses droits sur le dit ouvrage. L’auteur récupère dès lors tous ses droits d’exploitation, et peut donc accepter de le diffuser gratuitement en PDF.

  6. Pascal J dit :

    Et pour ce qui est des aspects juridiques : l’abandonware cela n’existe pas ! Le code de la propriété littéraire et artistique est très clair : toute oeuvre est protégée pendant 70 ans après le décès de son créateur. C’est un droit moral, inaliénable. Il faut donc l’accord écrit de chacun des auteurs ou de leurs ayants droits avant toute diffusion au public. Les éditeurs quant à eux perdent de toute façons leurs droits (qui ne sont cédés par les auteurs que pour être exploités commercialement, jamais de façon définitive) sur une œuvre si celle-ci est épuisée depuis plus d’un an et non rééditée depuis 5 ans (en très gros).

    • Dampyre dit :

      Je trouve ce chiffre de 70 ans absolument aberrant !
      Que l’on soit bien clair, pour le mini-développement qui va suivre, l’argent « brassé » par le jdr est si faible que ça ne s’y applique pas, je parle de cette protection de 70 ans en général.
      Donc, ce chiffre signifie que non seulement à la mort de l’artiste, ses héritiers récupèrent sa fortune (d’où la non-application pour le jdr) mais continue de toucher des droits pendant 70 ans. Au nom de quoi ? Qu’ils aient droit à sa fortune, c’est normal. Mais en quoi sont-ils « responsables » des œuvres de l’artiste ? Le talent n’est pas un héritage. S’ils veulent toucher des droits, ils se bougent le cul et créent leurs œuvres eux-mêmes, que diable.

      Je le connaissais, ce chiffre (enfin, plus ou moins: j’étais sur 20 ans après la mort, moi. Gentil, en somme.) et il m’horripile vraiment.
      Qu’une œuvre soit protégée pendant la vie de l’artiste, c’est normal. Qu’elle le soit encore quelques années (genre, 5) après sa mort, pourquoi pas. De même pour ce qui n’est pas encore rendu public (parce que, dans ce cas, les héritiers ont fait quelques choses pour rendre l’œuvre publique) mais que la première chanson de quelqu’un soit protégée pendant 70 ans après la mort de l’auteur, c’est du grand délire.

      M’enfin bon, je suis sûr que l’héritière d’Hergé en profite bien. Enfin, surtout son compagnon qui se targue de choisir qui peut avoir la licence, sans respecter ce que Hergé voulait. Je connais un artisan qui faisait de superbe reproduction en bois des engins de Tintin (Hergé avait beaucoup de respect pour ce travail, la fondation Hergé aussi par la suite) mais quand ce mec a fait le tri, il a refusé de lui octroyer la licence (enfin, il l’a plutôt proposé à un prix prohibitif) pour « écrémer ». Enfin, disons qu’il a plutôt privilégié les activités les plus lucratives aux dépends des plus artistiques et qualitatives.
      Les dérives de cette loi stupide…

      • Alias dit :

        Ce sont clairement des lois qui ont été faites sur mesure par des « majors »; aux USA, on les appelle les « lois Disney »: dès que Blanche Neige menace d’entrer dans le domaine public, hop! on augmente le délai.

        Cela dit, dans le cas présent, on s’en fout un peu. Le but est justement d’obtenir des ayant-droits les autorisations nécessaires pour passer outre cette loi, qui est la version « par défaut ». Un ayant-droit peut très bien placer son œuvre en licence libre.

        • Dampyre dit :

          Si j’étais un artiste connu, c’est ce que je ferais sur mon testament. Si mes gamins veulent toucher des droits, ils ont qu’à se remuer les fesses, tudieu ! :p

          • Alias dit :

            Perso, je le ferais avant; parce que si j’avais des gamins, je serais sans doute poussé à leur donner une stabilité financière, même si c’est une Mauvaise Idée.

        • Pascal J dit :

          Non, un auteur ne peut se séparer de son droit moral sur l’oeuvre, comme si elle n’avait plus d’auteur. C’est un droit inaliénable, qui relie un objet à la pensée originale d’un créateur.
          En gros, quand tu mets un morceau de toi-même dans quelque chose, personne n’a le droit de te l’enlever, même toi.
          Ce droit peut tout à fait être gratuit, mais nécessite que l’auteur soit informé et d’accord avec l’utilisation de son oeuvre.

      • Enfin, il faut remettre les choses dans l’ordre.
        Dans la propriété intellectuelle « à la française », l’auteur reste propriétaire de son œuvre, de manière inaliénable et tout le tremblement.
        Dans le droit « à l’anglaise », c’est le producteur, le financeur, qui est propriétaire de plein droit de l’œuvre.

        Après, il faut faire un choix. L’auteur, son œuvre tombe dans le domaine public 70 ans après sa mort.
        L’entreprise Dysney, elle, n’est pas prête de mourir et de faire des remake et remasterisations de Blanche Neige ^^.

      • Pascal J dit :

        Et encore : 70 ans si l’exploitation n’a pas été faussée ! En cas de guerres par exemples, cette durée est allongée… Eh oui, dans les années 2010 nous pourrons enfin éditer gratuitement les oeuvres d’auteurs décédés… dans les années 1930 !

  7. Pascal J dit :

    Je vous arrête tout de suite : il faut bien séparer deux droits d’auteur très différents : le droit patrimonial (en gros : le fric) et le droit moral (en gros : le respect).
    Donc, 70 ans après la mort d’un auteur, aucun droit patrimonial n’existe plus (libre à chacun de penser que c’est trop, sed lex). Et même quand il s’applique, l’auteur a toujours le droit de se diffuser gratuitement, le tout étant qu’il soit d’accord et donc au courant.
    En effet, le droit moral, lui, est inaliénable, ce signifie qu’il est impossible d’y renoncer, même volontairement. Et ce droit moral prévoit plusieurs choses, comme le respect de l’intégrité de l’œuvre (ne pas le découper, l’augmenter, etc..), la paternité (toujours mettre le nom des auteurs) et le droit de publication (l’auteur décide dans quelles conditions son oeuvre est diffusée au public : c’est pour cela qu’il faut son autorisation écrite).

    • Dampyre dit :

      C’est pas le droit moral qui me gène. Celui-là est légitime. Mais oui, même une loi stupide reste une loi.

  8. kalish_baal dit :

    Bon, l’abandonware n’existe pas, un auteur ne peut se départir de son « droit moral » et il faut 70 ans pour qu’une oeuvre tombe dans le « domaine public »… Mais on est un peu hors sujet, là, non?

    L’idée d’Alias est, si je comprend bien, de créer une plateforme dont les administrateurs auraient pour mission de contacter les auteurs, éditeurs, illustrateurs et autres trucs en « eurs » qui interviennent dans l’édition d’un JdR et de leur demander s’il est possible de publier leur oeuvre/produit et, le cas échéant, d’obtenir une autorisation.

    Dès le moment ou l’autorisation des ayant-droits est obtenue, outre un éventuel changement de forme (retrait des illustrations, passage au format écran, etc.), je ne vois pas quel opposition légale il peut y avoir…

    Et pour faire vivre la plateforme, il y a peut-être un moyen simple: Lorsqu’une version électronique est téléchargée, on insère dynamiquement une pub pour un produit actuel en quatrième de couverture. On peut gérer dynamiquement l’inclusion de chaque pub dans X% des téléchargements en fonction des montants versés ou du nombre d’ouvrages publiés sur la plateforme. Cela permet aux joueurs de ce procurer des raretés au format électronique et aux éditeurs de leur rappeler qu’il existe encore des gammes bien vivantes.

    • Pascal J dit :

      Bien d’accord avec toi ! c’est pour cela que je trouve l’idée très bonne, je tenais simplement à rappeler l’importance de faire ça avec l’accord des auteurs, et donc évacuer les débats sur « au bout de 5 ou 10 ans c’est bon c’est free ».

      • Dataripper dit :

        Contacter les auteurs c’est bien, mais il faut en avoir les moyens. Je m’explique, quant il y a 10 personne pour faire un bouquin, que l’on contact tout le monde sauf un qui a pris une retraite bien mérité loin de tout, on fait quoi on abandonne ? Ou on part du principe que le gars en a rien cirer ?

        Il y a aussi autre chose qui me chiffonne, c’est un travaille de fourmis de recontacter tout le monde, surtout pour les œuvres de plus de 20ans.

        Je pense que présenté ainsi personne ne voudra s’y mettre car trop contraignant, je pense qu’adopter la posture informatique est plus pratique, même si « enfreignant » un peu la loi, qui en passant est des plus inadapté de nos jours.

        Je m’éloigne du sujet mais je pense que se poser des barrière avec ce genre de considération de fera pas avancer le projet d’alias et qu’au contraire il sera abandonner par manque de moyens.

  9. Et donc ensuite, « yzonka » ?

  10. Fabien dit :

    Ca existe déjà ton truc… c’est DriveThruRPG !

    • Alias dit :

      Si DTRPG veut ouvrir une section « archives » légale et sans but lucratif, alors oui, ce sera exactement cela.

      Sans vouloir décourager les bonnes intentions, je ne retiendrais pas ma respiration.

  11. Tredok dit :

    Je note deux choses bien différentes dans ta proposition :
    – une plateforme d’archivage, dont le but est de conserver des traces du patrimoine rôlistique.
    – une plateforme de vente
    Les deux ne sont pas incompatible, mais ne provoqueront pas la même réaction de la part des éditeurs et ayant-droits.

    Il me parait possible de leur faire prendre part à un projet de pur archivage, avec un embargo sur chaque titre en fonction de la durée légale des droits. Une fois le délai écoulé, le titre devient accessible en texte intégral. Néanmoins, je doute que ce type de projet n’aboutisse, sans un partenariat avec l’Etat. Les jeux vidéo commencent à peine (grâce à MO5.com et Silicium par ex) à avoir une reconnaissance aux yeux de l’état. Et encore, c’est plutôt vogue la galère que la croisière s’amuse. Et pourtant, l’industrie du jeu vidéo à pour elle un poids économique considérable que n’a pas le JDR.

    Pour le second point, ils ne sont tout bonnement pas prêt (à part qqs rares exceptions), à envisager la vente dématérialisée. L’édition de manière générale y est encore plus réfractaire que le cinéma et la musique. Ce qui l’a sauvé par rapport aux deux autres, c’est qu’elle n’intéresse pas autant « les gens ». Pour la vente en ligne de fichiers numérique, il serait carrément intéressant d’envisager l’édition électronique. C’est d’ailleurs ce que tu suggère. Un des meilleurs exemple (à mes yeux ^^) reste revues.org pour l’édition scientifique (ex sans embargo : http://etnografica.revues.org/, http://vertigo.revues.org/, Ex avec embargo : http://revueagone.revues.org/). Mais alors là, nous en sommes très loin. C’est une tout autre galaxie… Néanmoins, je pense qu’on peut être optimiste sur ce point, globalement les éditeurs de JDR comptent un grand nombre de geek (dans son acceptation la plus large).

    Concernant les titres scannés par les fans, c’est bien souvent plus propre et de meilleures qualité que ce que peut proposer une institution (privée ou publique). Voir ce que fait la Team Alexandriz ou les scan-trad.

    Enfin, si une telle entreprise se montait j’y souscrirais certainement, tout comme je souscrirais à MO5.com quand j’aurais un vrai taf ^_-

    PS : pour chipoter, ce ne serait pas gratuit, mais libre :p

  12. FX dit :

    Je voulais juste réagir sur
    « Mais je reste persuadé qu’il y a un avenir pour le jeu de rôle imprimé, ne serait-ce qu’en jouant sur le fétichisme du rôliste lambda, qui aime les beaux bouquins (et les jolis dés, et les figurines bien peintes, etc.). »

    A l’époque d’Indie RPG, beaucoup d’acheteurs se rendaient compte des frais masqué, car même si tu paies un pdf pas cher, l’imprimer toi coûte de l’argent (à toi ou à ton entreprise, car apparemment beaucoup utilisaient des ressources externes illégalement) pour un résultat moyen : vas y d’avoir une pile de feuilles volantes à relier, ou a mettre en diable.

    Pourquoi le livre d’un éditeur a un avenir, ca n’a à mon avis rien à voir avec le goût pour la collection, mais plutôt parce qu’au final ca revient moins cher pour un meilleur résultat. C’est pour ca que le bundle Book + PDF des anglophones est parfait : on n’a pas à imprimer le pdf, et on peut quand même en disposer si besoin.

  13. Steve f. dit :

    Du neuf sur les évolutions légales françaises en cours :
    http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/suppression-des-droits-d-auteur-113680

  1. 30/10/2011

    […] en on émergée, dont celle de préserver le patrimoine rôliste de l’oubli, et cela grâce Alias. Enfin pas que, les commentaires on aussi été de la partie […]

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