Vote

Pourquoi voter

Si je devais mettre en avant une lecture qui, cette semaine, a justifié ce billet, c’est probablement Le deuil de la démocratie représentative, signé Grise Bouille, a.k.a. Gee, dessinateur actif notamment chez Frama*. En résumé: la démocratie participative est morte; c’est dommage, mais c’est comme ça, il est temps d’inventer autre chose.

Je peux tout à fait comprendre son point de vue; le spectacle de la politique française devient de plus en plus nauséeux et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’un système dans lequel on a le choix entre un parti d’extrême-droite, un parti de droite qui repompe les idées d’extrême-droite et un parti prétendument de gauche qui repompe aussi les idées d’extrême-droite, il y a un problème.

Pourtant, j’ai du mal à croire que, d’un point de vue global, le système est irrémédiablement cassé. Si je compare le système français avec le système suisse, je vois assez clairement des différences majeures dans la manière dont sont considérés les résultats des élections – les “votations”, référendums et initiatives, c’est encore une autre histoire.

Un élément majeur, c’est la notion de proportionnelle. En France, j’ai l’impression que tout le système électoral est basé sur la notion que le gagnant rafle tout; c’est un système qui me rappelle un peu celui en vigueur aux USA, où il n’existe fondamentalement que deux partis: les Démocrates et les Républicains. En Suisse, au niveau fédéral, même une liste qui fait 5-10% des voix a des chances d’envoyer du monde au Parlement.

Alors certes, la Suisse n’est pas non plus un modèle parfait et je soupçonne que, quand on regarde son système électoral sous le nez, on a pas trop de mal à y découvrir un certain nombre de défauts. À commencer par le fait que, si on n’est pas dans l’appareil d’un parti, on est à peu près invisible. C’est pareil en France, notez; il y a un exemple récent.

Mais j’ai vraiment l’impression que le système français est en train de se scléroser à vitesse grand V et que toutes les tentatives de le réformer passent à la trappe parce qu’elles sont entre les mains de gens qui auraient le plus à perdre à de telles reformes: non-cumul strict des mandats, limitation du nombre de mandats consécutif, scrutin proportionnel, élection du Sénat au suffrage universel, etc.

S’ajoute également à ce tableau la structure même de la Ve République, qui est un régime présidentiel et où une bonne partie des pouvoirs sont concentrés dans les mains de l’exécutif et, plus précisément, du président de la république. Après, toute personne qui a étudié les IIIe et IVe Républiques a une assez bonne idée de pourquoi plus personne en France ne voulait de régime parlementaire de ce genre.

Seulement, c’est un système qui ne fonctionne que s’il y a de solides contre-pouvoirs en place et ces contre-pouvoirs sont en train de tomber dans l’obsolescence – ou sont détenus par des fidèles, ce qui revient au même. Les plus mauvaises langues diront que c’est un système qui ne fonctionne que si le président s’appelle Charles de Gaulle, mais même dans ce cas, j’ai des doutes.

Plus profondément, le système politique français est un système qui repose sur la notion d’opposition. Là encore, le gagnant rafle tout et le perdant n’a qu’un pouvoir de nuisance; d’où frustration, d’où méchant retour de bâton quand le perdant arrive enfin au pouvoir, d’où rebelote. La notion de concertation n’existe quasiment pas et les rares fois où on voit une sorte d’union sacrée se mettre en place, on a l’impression que c’est pour donner un tour de vis supplémentaire.

Au reste, il est souvent dit qu’en France, au premier tour on choisit et au second, on élimine; c’est comme cela que l’on se retrouve à voter Chirac en 2002. C’est assez symptomatique: on ne vote pas pour celui qu’on aimerait avoir comme représentant/président, mais contre celui qu’on ne veut pas. Ce qui est d’autant plus gênant que des études semblent montrer que les électeurs ont de plus en plus tendance à considérer les élections comme une forme de concours, où on “perd” si le candidat qu’on a choisi n’est pas élu.

Cette semaine, je me suis fait la réflexion que, si je devais voter en France, je serais sérieusement emmerdé. Surtout si j’habitais dans la région PACA (Provence Alpes Côte d’Azur). Et que, sans doute, je voterais blanc; ça ne m’arrive pas souvent, mais là, s’il faut vraiment choisir entre la peste, la peste light et la peste aromatisée à la rose, je préfère aller à la plage. Loin.

Dans l’intervalle, comme le faisait remarquer un de mes amis sur Facebook, il ne fait pas croire que mettre un bulletin dans une urne (non, il n’y a pas de contrepèterie; j’ai vérifié) est la seule façon de s’engager en politique. Ni même la plus efficace, si ça se trouve. Et puis il est aussi temps de commencer à réfléchir à des alternatives, comme par exemple la démocratie liquide, proposée sur Framablog.

De façon générale, j’ai l’impression que le principal problème de la démocratie, c’est qu’elle fonctionne très mal en temps de stress. Et que tout son modèle actuel, basé sur la compétition, n’est pas propice à l’apaisement.

(Image par Theresa Thompson via Flickr, sous licence Creative Commons.)

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