“Premières mesures révolutionnaires”, de Éric Hazan et Kamo

C’est un bref article de “Oncle” Bernard Maris, dans Charlie-hebdo, qui m’a venu ce petit opuscule signé Éric Hazan et Kamo: Premières mesures révolutionnaires. Je suppose que ce n’est pas un hasard s’il a été publié par le même éditeur – La Fabrique – que L’insurrection qui vient: on sent comme une affinité de points de vue…

En une grosse centaine de pages, les auteurs font le tour d’une situation qu’ils décrivent comme propice à une désintégration de l’État et à une situation insurrectionnelle. Ils mettent en garde néanmoins sur l’après.

En très résumé, les révolutions accouchent le plus souvent de gouvernements réactionnaires, qui vont assagir les grands idéaux et réprimer le plus radicaux. Leur mot d’ordre, c’est de faire en sorte que la vacance du pouvoir perdure indéfiniment, afin de pouvoir enfin abattre ce qu’ils appellent le capitalisme démocratique et mettre en place un système réellement nouveau.

Je vais vous faire un aveu: je n’aime pas l’idée des révolutions; l’âge, sans doute, ou alors le côté suisse. Je préfère trente ans de réformisme à un Grand Soir qui pète tout. Mais force est d’avouer que, pour le moment, le réformisme ne réforme rien du tout, à part peut-être ses formes de communication.

Tout ceci pour dire que, si ce bouquin m’a par moments agacé, avec sa rhétorique révolutionnaire à deux sous et sa tendance à critiquer les grandes idées utopiques parce que ce ne sont pas ses propres grandes idées utopiques (avec une bonne dose d’angélisme en sus, mais c’est de bonne guerre), il m’a aussi intéressé et il m’a donné à réfléchir.

C’est surtout dans l’analyse de la situation révolutionnaire et dans les solutions qu’il propose que ce bouquin est intéressant. Un des mythes tenaces de la société actuelle, c’est qu’il n’y a pas d’alternative (TINA, en anglais); Premières mesures révolutionnaires entend prouver le contraire et, même s’il n’est pas toujours entièrement convaincant, il a le mérite de pointer pas mal de pistes.

De plus, même (OK, surtout) si ses thèses tiennent beaucoup du rêve humide pour anarchiste convaincu, il y a un potentiel très intéressant pour les créateurs d’univers. Personnellement, j’y ai retrouvé plein d’idées pour la civilisation des Eyldar dans Tigres Volants. Plus que pour celle des Alias dans la vraie vie, mais passons.

Premières mesures révolutionnaires est donc un petit livre à prendre avec un gros grain de sel; en fait, je pourrais faire mon poète-poète-lalalère en disant qu’il s’agit là des premières mesures d’un opéra sur la révolution à venir, avec tout le côté grandiloquent et pas très crédible du genre.

Néanmoins, si on laisse de côté son côté style-genre, il y a pas mal de choses intéressantes à y piocher, que ce soit pour une réflexion politique ou pour de la fiction spéculative. Si vous croisez son austère couverture grise au hasard d’un rayonnage, jetez-y un œil.

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