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"Professor Moriarty: The Hound of the D'Urbervilles", de Kim Newman

“Professor Moriarty: The Hound of the D’Urbervilles”, de Kim Newman

Vous connaissez l’histoire: un génie et son ami, associé et biographe qui partagent une colocation dans une pension tenue par une charmante vieille dame, dans le Londres de la fin du XIXe siècle. Eh bien Professor Moriarty, de Kim Newman, reprend et retourne l’histoire en la regardant par l’œil de l’antagoniste.

En l’occurrence, c’est le colonel Sebastian Moran qui s’y colle. Ancien militaire, grand chasseur, queutard invétéré et assassin sans scrupule – et personnage ultra-mineur dans les Sherlock Holmes – il rejoint l’équipe du professeur James Moriarty dans un claque de Conduit Street. Dans la préface, on apprend que son manuscrit à été retrouvé dans le coffre d’une banque qui, avant de faire faillite dans des conditions très exotiques, servait de dépôt au crime organisé.

Placé sous de tels auspices, Professor Moriarty démarre en fanfare par un auto-portrait décapant du narrateur et ça ne va pas aller en s’améliorant. Le livre est un ensemble d’histoires plus ou moins longues – entre trente et une centaine de pages – qui racontent certaines des affaires les plus “célèbres” que le Professeur, “criminel consultant”, et sa bande aient eu à traiter.

Évidemment, chacune de ces histoires sont des parodies en miroir d’enquêtes du résident de Baker Street – qui n’est jamais nommé. Mais pas seulement: dans la grande tradition du roman steampunk (même si le livre ne l’est que par la bande), on rencontre d’autres personnages de l’époque – à une vache près. Ainsi, la Castafiore, Théophraste Lupin (père d’Arsène), Carnacki, le docteur Mabuse, Irene Adler et la famille royale de Ruritanie font des apparitions dans les pages de l’histoire.

On croisera aussi les deux autres frères du Professeur – qui s’appellent également James – un échantillonnage non exhaustif des “pensionnaires” de Mme Halifax, la mère maquerelle de Conduit Street, des criminels en pagaille venus d’un peu toute l’Europe et de Chine ou d’Amérique, des Mormons, un fantôme (ou pas), un Dragon (ou pas) et même le docteur Watson – brièvement.

Les histoires sont amusantes, mais c’est surtout la verve de Moran qui les rend intéressantes. L’animal a un œil de militaire britannique, avec tout ce que cela comporte de misogynie, de xénophobie et de psychopathie; amateurs d’humour british victorien et cynique, bienvenue! À la longue, ça lasse un peu, mais le format, en histoires courtes, et les notes biographiques (qui font souvent référence à des romans ou à des œuvres fictives) aident à faire passer l’ensemble.

Disons que le défaut du bouquin est assez classique et peut se résumer par cette formule lapidaire: trop de pastiche tue le pastiche. Les maniérismes de Moran, le côté foireux et, parfois, mesquin des plans de Moriarty et le name-dropping de personnages, réels ou fictifs, finit par lasser. Personnellement, comme je suis plutôt bon public pour ce genre de pochade, ça ne m’a pas trop dérangé

Comme la plupart des exercices de style de ce genre, Professor Moriarty n’est pas le bouquin du siècle, mais je l’ai trouvé plaisant. Kim Newman – à qui ont doit une série de romans à la thématique comparable, intitulée Anno Dracula – livre ici un bouquin qui peut séduire les amateurs de victorienneries qui en se prennent pas au sérieux. Pour les rôlistes, il y a là du beau matériel pour des parties de Castle Falkenstein un brin décalées.

J’avais lu une chronique d’un blogueur francophone sur ce bouquin, ce qui m’avait incité à l’acheter, mais je ne me souviens plus de qui c’est; qu’il en soit néanmoins remercié, s’il se reconnait dans ces lignes.

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