“Qantice”, de Tony Beaufils et Marie Fontaine

Ceux qui lisent ces pages ont sans doute déjà vu passer cet étrange mot, Qantice. Projet de métal symphonique/progressif, mais également concept de science-fiction décliné ici sous la forme d’un roman, par la plume bicéphale de Tony Beaufils (par ailleurs guitariste du groupe et Orc au Banjo dans une autre vie) et Marie Fontaine.

Qantice narre une quête, celle d’un immortel nommé Alsrick qui, au moment de sa renaissance, s’aperçoit qu’il ne se souvient pas des circonstances de sa mort et part donc à la recherche de Théolée, immortelle comme lui, qui pourrait l’aider à se souvenir. Sauf que ladite Théolée a disparue, en même temps que toute sa planète. Son voyage va l’amener à voyager une fois de plus sur les mondes de Qantice, univers plat aux multiples mondes et aux peuples aussi divers qu’exotiques.

Certains d’entre vous auront sans doute tiqué à l’expression “plume bicéphale”. C’est un test: si ça vous dérange, je vous conseille dès maintenant de passer votre chemin, car, dans cet ouvrage, vous allez trouver plus et bien pire. Le parti-pris du roman est d’avoir une écriture franchement baroque et exotique, remplie de termes inventés ou détournés — une terminologie si foutraque, qu’elle nécessite trente pages de glossaire en guise de postface.

L’idée est loin d’être inintéressante et, si j’ai eu très peur au début, je me suis aperçu après une vingtaine de pages qu’on pouvait s’y laisser immerger assez facilement, somme toute. Seulement, comme toute immersion, au bout d’un moment, ça fatigue: le gros défaut de Qantice, ce n’est pas tant son écriture que le fait qu’elle se poursuive sur cinq cents pages, sans le moindre répit.

L’autre souci, c’est que cette histoire implique une cargaison spectaculaire de personnages, tous plus exotiques les uns que les autres, sans que personne au final ne semble prendre une importance particulière. Même Alsrick, supposé protagoniste de l’histoire, cède régulièrement le devant de la scène à d’autres personnages.

C’est vraiment dommage, parce qu’au-delà de ces deux questions de pure forme (ou peu s’en faut), l’histoire est plaisante et le style souvent bien enlevé. C’est un peu une musique bizarre (façon rock progressif expérimental pour barbu fan de free-jazz), qui se révèle très efficace quand on parvient à rentrer dedans, mais qui sinon a plutôt tendance à faire grincer des dents.

Avec quelques personnages (et deux cents pages) en moins, Qantice aurait pu être un très bon bouquin de science-fantasy bien exotique. En l’état, c’est un bouquin qui n’est pas dénué d’intérêt, mais qui souffre d’une forme peu conventionnelle. Les amateurs de bizarre et de poésie extra-terrestre (qui a dit “vogonne”?) y trouveront leur compte, mais les lecteurs plus timides risquent de s’y perdre à tout jamais, victimes des Pentasters et autres facéties synaactiques.

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