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Quand je regarde les médias, l’abysse me regarde

C’est moi ou, ces temps-ci, les grands médias ont de moins en moins de choses à dire et prennent de plus en plus de temps et d’espace pour le dire? Ces dernières semaines, deux tragédies ont fait la “une” des médias suisses et français et, dans les deux cas, j’ai été atterré par leur traitement. Des “émissions spéciales” kilométriques avec un contenu proche du zéro absolu!

Certes, ce sont des évènements exceptionnels et je veux bien comprendre qu’on veuille leur donner une place particulière, mais remplir les deux-tiers du temps du téléjournal pour nous ressasser cinq fois les mêmes détails, les mêmes clichés et les témoignages du beau-frère du patron du type qui a vu passer le bus ou qui connaissait vaguement le tueur, ça donne l’impression d’une vacuité terrifiante et, qui plus est, d’un manque profond de respect pour les victimes.

Les médias jouent beaucoup sur l’émotionnel, c’est entendu. Mais trop de pathos tue le pathos et, après dix minutes de ce traitement, je n’avais qu’une envie: regarder tout, sauf ça. C’est tout juste si, hier soir, on n’a pas eu droit à la messe en intégrale à 19 h 30. Et avec les évènements de Toulouse, rebelote: tout le monde passe des images en boucle pour dire qu’il ne se passe rien. Merci Capitaine Obvious, vous nous enverrez un fax quand vous aurez du nouveau!

Ce qui m’inquiète, dans cette histoire, c’est que, d’une part, on a un média vieillissant qui a du mal à se faire au fait que, s’il ne se renouvelle pas très vite, il va devenir obsolète et, d’autre part, il y a encore tellement de spectateurs passifs qui ne dépendent que de ces sources pour leur information qu’au final, elles n’ont pas réellement de raisons pour changer.

Mais ce qui est réellement inquiétant, c’est que ces pratiques amplifient l’évènement, comme un miroir déformant, et on en arrive à la situation absurde d’une couverture digne d’une guerre majeure pour un fait divers certes tragique, mais sans commune mesure – et qui plus est pour lequel on n’a rien (ou si peu) à dire. Et ça n’a pas manqué: l’excité en chef d’Outre-Chancy y est allé de sa proposition de loi débile.

Je vais finir par croire, contre ma propre opinion première, que François avait raison en suggérant de changer notre rapport à une information biaisée et anxiogène. En tous cas, même moi qui vit un peu dedans, je commence à en avoir sérieusement ma claque de ce pseudo-journalisme spectaculaire, racoleur et douloureusement vide.

(TV news media crew at scene place, photo Phil Carroll, U.S. Fish and Wildlife Service, dans le domaine public.)

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