Quelques uchronies à suivre

Depuis quelques temps, au détour d’une discussion sur un autre forum uchroniques (celui de 1940, la France continue), je me suis mis à suivre le forum anglophone Alternate History, qui compte une belle brochette de cinglés de talents et, du coup, une impressionnante collection d’histoires alternatives.

La plus impressionnantes que j’ai pu suivre, c’est sans nul doute Able Archer 1983, dans laquelle l’exercice de l’Otan du même nom fait paniquer les grandes pontes soviétiques au point qu’ils lancent une offensive préventive en Europe. La Troisième Guerre mondiale commence en novembre 1983 et, curieusement, elle ne se règle pas immédiatement par un échange nucléaire.

Le point de départ est historique: l’URSS a un temps cru que l’exercice de grande ampleur que préparait l’Otan était une tentative d’invasion et, à l’époque, la stratégie soviétique était défensive, les dirigeants croyant dur comme fer à une probable attaque par les USA et ses alliés; c’est amusant de penser qu’à la même époque, nous pensions exactement l’inverse.

Le fil est très long (pas loin de 200 pages), sévèrement persillé de commentaires plus ou moins intéressants, mais il a l’intérêt d’être pour ainsi dire fini (il manque, à l’heure où j’écris ces lignes, une conclusion sur les trente années qui séparent la guerre de 2014). Il a également pour moi l’intérêt de montrer comment un conflit mondial aurait pu se dérouler dans un contexte somme toute guère éloigné de celui de Tigres Volants (1983 pour Able Archer, 1989 pour Tigres Volants).

Évidemment, le plus gros des uchronies concerne la Deuxième Guerre mondiale et, dans ce domaine, deux d’entre elles ont particulièrement retenu mon attention. D’abord No Spanish Civil War in 1936, qui, comme son nom l’indique, part sur l’idée d’une Espagne républicaine qui échappe à la guerre civile de 1936 par le ralliement de Franco aux autorités légitimes (ce qui est, semble-t-il, proche de la réalité; il ne s’en est pas fallu de beaucoup).

Du coup, on a une Deuxième Guerre mondiale qui se déroule de façon très différente, avec les armées britanniques et françaises qui se replient sur l’Espagne en 1940, avant d’être obligées de fuir en Afrique du Nord – pour revenir deux ans plus tard. Mais, surtout, on a une Espagne qui prend un chemin politique basé sur l’anarcho-syndicalisme tempéré par une sociale-démocratie plus classique.

Cette uchronie est partiellement terminée: l’auteur a dû s’arrêter après la fin de la guerre pour cause d’études, mais il n’exclut pas de s’y remettre plus tard. Je la recommande néanmoins pour son intérêt historique, de même que pour l’humour de son auteur.

Ensuite Decisive Darkness, qui, comme son nom l’indique, est beaucoup plus sombre. Elle part du principe qu’après les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, alors que le Japon est sur le point de se rendre, un coup d’État amène au pouvoir un militariste forcené, qui décide de continuer le combat jusqu’au bout.

Les USA sont donc obligés de se lancer à l’assaut du Japon proprement dit, pendant que l’URSS envahit l’île d’Hokkaido. D’autres bombes atomiques tombent sur des cibles stratégiques, les premières invasions tournent au cauchemar et l’opinion publique occidentale commence à trouver le temps long. Cette uchronie vient de commencer, elle est donc en cours de rédaction, mais cela signifie qu’il est aussi facile de la rattraper. Par contre, c’est vraiment pas joyeux.

Je mentionnerai également Bayonets Can’t Cut Coal, une uchronie qui se situe dans les années 1920, où la monarchie britannique est renversée par une révolution prolétarienne et un pouvoir socialiste (à l’époque où le terme voulait encore dire « gauchiste radical ») se met en place, tentant de survivre entre des puissances voisines hostiles, différents courants de gauche antagonistes et une monarchie en exil.

Ces quatre exemples sont à mon avis autant d’illustrations de pourquoi les uchronies sont des exercices intéressants: non seulement ils ont un côté divertissant, de par leur aspect fictionnel (parfois agrémenté d’une ironie jouissive), mais également parce qu’il s’agit d’une approche particulièrement ludique pour apprendre l’Histoire, non pas en découvrant ce qui s’est passé, mais pourquoi et comment.

(Ruines de Kiev pendant la Seconde Guerre mondiale, image via Wikipedia Commons, domaine public.)

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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10 réponses

  1. Guillaume44 dit :

    J’adore les communautés anglophones pour ça aussi. Elles sont tellement imaginatives ! Plus que les francophones AMHA.
    Guillaume44 Articles récents…Bactéries super-résistantes : demain plus d’antibiotiques ?My Profile

    • Alias dit :

      Je n’en suis pas sûr; je sais qu’il existe des communautés uchroniques françaises (1940, La France continue étant un exemple), mais je ne les fréquente pas (pas pour le moment, en tous cas).

      De plus, l’uchronie est un style qui est encore principalement anglo-saxon; les Francophones commencent à s’y mettre, mais doucement et en retard.

    • Imaginos dit :

      Est-ce que ça ne vient pas aussi du fait que les communautés anglophones sont plus « peuplées » que les communautés francophones ? (ce qui est le cas dans les domaines que je fréquente)
      Imaginos Articles récents…Punk à chienMy Profile

  2. Frédéric dit :

    Bien qu’ayant un anglais sommaire, cela m’arrive de lire quelqu’une des histoires présenté ci dessus. Elles montrent plusieurs points historiques peu ou pas connut. Et, minute philosophique, ce site montre a quel point l’homme a une tendance belliciste refoulé. Plus de 90 % des uchronies portent sur des conflits…

    • Alias dit :

      Objectivement, il y a eu beaucoup de guerres au cours des derniers siècles/millénaires. C’est un peu normal que la plupart des uchronies tournent autour de cela.

  3. Emile Ollivier dit :

    Bonjour,

    Je me permets de laisser un commentaire pour signaler la création du premier site francophone dédié à l’uchronie.

    http://forumuchronies.frenchboard.com/

    Comme quoi l’uchronie se développe en langue française 🙂

    • Alias dit :

      Hello et bienvenue!

      Je connais ce site; je n’y suis pas très actif, mais j’y suis inscrit depuis quelques temps. Si je ne m’abuse, son fondateur est aussi très actif sur « 1940, la France continue ».

  4. Emile Ollivier dit :

    Bonjour Alias,

    Merci de ta réponse si prompte ! J’ai mis ce commentaire surtout pour que les futurs lecteurs de l’article sache qu’il y a désormais un forum spécialisé en uchronie francophone, dans le style AH.com

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