Rade de Genève: contournement ou encerclement?

Bon, les non-Suisses dans la salle, je vous préviens tout de suite: on va causer politique d’en là par chez nous, de bleu! Comme régulièrement, nous avons ce que l’on appelle une votation à venir à la fin de ce mois. En d’autres contrées, on appelle ça un référendum, mais ça n’implique pas forcément d’insulter le gouvernement en place.

Bref, on a droit à un certain nombre d’objets dits fédéraux, donc concernant la Suisse dans son ensemble. Je passerai rapidement sur le sujet: l’idée d’une caisse maladie unique me paraît faire du sens – si c’est obligatoire, pourquoi ce n’est pas géré par l’État? – et la TVA sur la restauration ressemble à un plan assez transparent des restaurateurs pour augmenter les prix, quel que soit le résultat du vote.

La question qui me pose le plus souci, c’est une question cantonale – donc propre à Genève seule – et qui concerne la traversée de la rade.

Pour faire simple, cette question est un serpent de mer – enfin, de lac – qui nous pourrit la vie depuis cinquante ans (voire plus; on trouve des projets qui datent de la fin du XIXe siècle) et qui concerne la construction d’un pont ou d’un tunnel pour traverser la rade de Genève et avoir enfin une rocade digne de ce nom.

Dans le cas présent, c’est l’UDC qui a balancé son initiative sur le sujet. Pour une fois que ça n’implique pas – directement en tous cas – de la xénophobie à l’état pur, on ne va pas se plaindre. C’est une traversée qui impliquerait un tunnel sous le lac, combiné à un autre pour rejoindre une route principale non loin de la frontière française. En apparence, c’est un projet plutôt rationnel.

Le problème, c’est que c’est un projet purement automobile: en l’état, il consiste en une prolongation de la route Genève-Lausanne pas très loin du centre-ville. Or, il n’y a pas si longtemps que cela, nous avons voté en 2011 pour une politique du trafic qui privilégie la mobilité douce – transports publics, vélo, piétons, etc.

Il y a aussi le fait que je doute qu’ajouter une liaison trans-rade résolve directement le problème de la circulation en ville. De nombreuses études montrent que, lorsqu’on augmente l’offre en matière de trafic automobile, la demande augmente aussi. En d’autres termes, plus on construit de routes, plus il y a de trafic. D’ailleurs, cela n’étonnera personne, il existe deux études aux conclusions opposées sur le sujet de la traversée de la rade.

Le nouveau projet de traversée du lac, qui serait un prolongement autoroutier plus loin du centre, avec liaison avec l’autoroute française A40 à hauteur de la douane de Thônex, semble être une meilleure idée, mais avec un peu le mêmes défauts et, au final, une facture bien plus conséquente. Si on y ajoutait une liaison ferroviaire, ça aurait vraiment une meilleure gueule.

Je reste pour ma part persuadé que le problème est plus global: les villes n’ont jamais été conçues pour le trafic automobile et, du coup, plus on en ajoute, plus c’est le boxon. “Fluidifier” la circulation peut partir d’une bonne intention, mais ça peut aussi inciter les gens à prendre leur voiture plutôt que les transports en commun.

De plus, je soupçonne qu’il y a à Genève une culture (voire un culte) de la bagnole qui va être difficile à déloger en moins d’une génération. Le canton a une des plus hautes densités de véhicules par habitants de Suisse – au point que l’on blaguait déjà il y a vingt ans sur le fait de construire des voitures sans siège arrière – et une tendance à voir tout ralentissement sur la chaussée comme un affront personnel.

Bien évidemment, espérer contrer un problème culturel avec des plans à court terme revient à vouloir lutter contre la fonte des pôles en jetant des glaçons au large du Groenland. J’ai quand même l’impression que les temps changent et que les râleurs à grosses voitures, façon “Gen’vois Staïle“, vivent leurs dernières années, mais ça va être de longues années.

Je vais donc voter contre ce projet, mais avec une pointe de regret. Ce d’autant plus que j’ai l’impression que, plus on tarde, plus un vrai projet avec le potentiel de durablement décongestionner Genève coûtera cher. Mais une traversée uniquement routière et si près du centre, cela m’apparaît comme un remède pire que le mal.

(Image: Genève vu par le satellite SPOT en 2004, Cnes – Spot Image, via Wikimedia Commons, sous licence Creative Commons, partage dans les mêmes conditions.)

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