« REAMDE », de Neal Stephenson

Depuis le temps (et, surtout, la « Trilogie Baroque« ), je devrais me méfier des bouquins de Neal Stephenson: son « petit » dernier, REAMDE, aligne plus de mille pages; il est presque aussi épais que large. À mon avis, c’est un bon quart, voire un tiers de trop.

Ayant lu la description du bouquin, j’avais un instant cru avoir affaire à la version « adulte » de l’enfant maudit Ready Player One et For The Win, mais tous ces ouvrages n’ont comme point commun que le monde des jeux en ligne. Inscrit dans un contexte contemporain, sans ultra-tech ni chasse au trésor, sans non plus de considérations sociales (enfin, assez peu), REAMDE est plus « banal », mais pas forcément moins intéressant.

REAMDE est un roman à plusieurs voix (et plusieurs voies, aussi), qui emprunte à la fois au thriller d’espionnage et à la littérature pour geeks. Son point de départ est un virus éponyme qui prolifère sur un jeu en ligne massivement multijoueurs, mais il évolue assez rapidement pour impliquer la Mafia russe, les jihadistes, les services secrets britanniques et les survivalistes anti-gouvernementaux nord-américains.

Bref, c’est assez bordélique, au point que ce n’est pas sans rappeler certaines parties de jeu de rôles où des personnages pas particulièrement doués pour cela échafaudent des plans débiles pour se sortir de situations dans lesquelles ils se sont mis par hasard, par erreur ou par bêtise. Le fait que lesdits personnages sont souvent assez hauts en couleurs – tout en restant crédibles – y est pour beaucoup.

Le gros défaut du bouquin, c’est donc sa taille – ou, pour être plus précis, la tendance assez désagréable que l’auteur a, sinon de tirer à la ligne, à tout le moins de rajouter des circonvolutions narratives franchement inutiles. Avoir droit à dix pages d’historique pour un personnage introduit au milieu, passe encore; là où ça devient agaçant, ce sont les digressions sur des considérations tactiques ou des réflexions sur la Vie, l’Univers et le Reste en pleine scène de combat.

La bonne nouvelle, c’est que Neal Stephenson écrit bien et a un talent certain pour les descriptions. Ce n’est pas vraiment un tâcheron et ces digressions restent, sinon intéressantes, du moins agréables à lire. Reste que je préférerais que ça aille plus vite, surtout quand l’action est censée aller vite.

Si j’étais méchant, je dirais que REAMDE est un thriller mou. Disons qu’il a ses bons moments, comme par exemple les explications sur la construction du monde de T’Rain, le MMORPG en question, conçu pour accueillir les « farmers«  professionnels chinois, ainsi que sur les querelles entre les deux auteurs (un professeur d’université britannique à la Tolkien et un tâcheron de la fantasy qui aurait toute sa place dans les tiroirs de chez Bob).

Si vous appréciez l’écriture de Neal Stephenson, vous allez sans doute aimer REAMDE, mais n’attendez pas un thriller à grande vitesse façon Snow Crash, mais plus une histoire à mi-chemin entre Cryptonomicon, pour le contexte, et The Baroque Cycle pour l’écriture.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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4 réponses

  1. Gromovar dit :

    C’est l’habitude de faire trop long qui m’a retenu d’acheter. Tu confirmes donc. Merci.
    Gromovar Articles récents…Morte avant que d’avoir vécuMy Profile

    • Alias dit :

      De rien.

      C’est dommage, parce qu’il y a là matière à au moins deux bons bouquins de 300 pages, en virant le gras et en dissociant les éléments relatifs au MMORPG et tout le bouzin avec la Mafya et les jihadistes.

  2. Roboduck dit :

    En ce moment, je suis en train de lire « Cobweb ». C’était avant qu’il ne fasse plus que des gros trucs, mais pour l’instant je m’ennuie. Je ne sais pas si j’arriverai au bout.
    Roboduck Articles récents…De Capes et de CrocsMy Profile

    • Alias dit :

      Tiens, c’en est un que je ne connais pas.

      Je dois cependant dire que je ne me suis pas vraiment ennuyé à la lecture de REAMDE. J’ai été agacé par les longueurs, mais l’ensemble est surprenamment lisible.

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