« Resurrection Day », de Brendan DuBois

Lorsque Carl Landry, journaliste au Boston Globe, voit un de ses articles sur le meurtre d’un vétéran refusé par la censure militaire, il flaire le coup fourré et se lance dans une enquête qui pourrait bien le mener jusqu’au président Kennedy, présumé mort dans les cendres de Washington. Car, dans le 1972 de Resurrection Day, roman uchronique de Brendan DuBois, la Crise des missiles de Cuba a dégénéré en échange nucléaire majeur.

Dans son déroulement, l’uchronie de Resurrection Day rappelle celle de Apocalypse sur le Texas, la BD de la collection Jour J: déroulement à peu près similaire (sauf que c’est une attaque aéronavale américaine sur le site des missiles qui déclenche la riposte nucléaire) et conclusion très proche, avec une URSS (et une Chine communiste) réduite à l’état de désert radioactif, plus des États-Unis sévèrement touchées (frappes sur Washington, New York, San Diego, Omaha et quelques autres).

Mais Resurrection Day va plus loin en montrant une société américaine sous loi martiale, où la mauvaise question peut valoir à son auteur un petit tour dans les camps de décontamination et quelques cancers en prime et où les pénuries ne sont pas encore complètement éradiquées. Il dessine en creux une situation géopolitique qui tente de se recomposer après l’effondrement des deux hyper-puissances, avec une reconstruction européenne sous l’impulsion du moteur franco-allemand, ainsi qu’une Grande-Bretagne qui tente de recouvrer son empire perdu.

Même si Boston a été relativement épargnée, la vie y est rude, surtout pour ceux qui se rappellent de l’époque glorieuse avant les missiles. Landry, qui est un vétéran, bénéficie d’un job protégé, mais est mal vu pour cela de ses collègues. Il vit chichement, dans un appartement mal chauffé, en se nourrissant de conserves, alors que les sans-abris et les gangs d’orphelins errent dans les rues, avec les jeunes qui cherchent à échapper au recrutement.

Resurrection Day brille particulièrement dans l’évocation de cette Amérique brisée, victorieuse mais infirme et au ban des nations. Le roman réserve des descriptions et des anecdotes qui « font vrai », qui rendent ce monde uchronique plausible. C’est une véritable mine d’or pour ceux qui cherchent des ambiances post-post-apo glauque, mais pas sans espoir, avec ses zones de liberté là où on ne les attend pas.

Par contraste, l’intrigue est très classique, du pur thriller avec son héros endurci et tenace, qui ne lâche pas l’enquête par devoir militaire autant que par conscience professionnelle, dans des eaux troubles où l’ennemi peut devenir allié et le compagnon traître.

L’écriture n’est pas non plus exceptionnelle; elle fait son office, sans plus, avec quelques longueurs sur les éléments de contexte, qui sont loin d’être inintéressants, mais nuisent quelque peu au rythme.

Le vrai gros point noir, c’est une édition, publiée par Amazon (en impression à la demande, je suppose), qui est typographiquement moche – double tirets en guide d’incise, double ou triple espace entre les phrases, veuves et orphelins aux fraises, etc. Pour un graphiste, c’est très douloureux à lire.

Mais c’est somme toute assez mineur: Resurrection Day est un ouvrage qui intéressera les amateurs de thrillers uchroniques, avec un contexte crédible et glaçant où il est difficile de ne pas voir des parallèles avec la société de l’hypersurveillance qui se profile.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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