Revenu universel ou “permis de glander”?

C’est par cet article de la Tribune de Genève, intitulé Une initiative veut un revenu de 2500 francs pour tous, que j’ai appris l’existence d’un tel projet en Suisse. Pour une fois que le quotidien sort un article qui ne me donne pas envie de lancer des objets lourds par la fenêtre, je ne vais pas me plaindre.

Au reste, j’avais déjà relayé une idée similaire il y a quelques temps, en rapport – et, surtout, en opposition – avec l’idée de licence globale. Plus j’y réfléchis, plus je me dis que c’est une bonne idée. Pas forcément parfaite ni même potentiellement fonctionnelle, mais une idée qui vaut à peu près largement l’actuelle situation. Je ne vais pas développer plus avant, jetez un œil à mon précédent article (ou celui sur le mécénat et la licence globale).

Là où je me permet un chouinage, c’est de voir les réactions de certains de mes contacts, qui attaquent le projet en parlant d’un “permis de glander”, tout en glosant sur le prix – forcément faramineux – qu’une telle mesure coûterait. Il ne manque plus que le refrain “ça fera augmenter le chômage” pour que le tableau soit complet. Et ça, franchement, ça me désole.

Oh, les gens! C’est moi le vieukon, dans l’histoire! Pour certains d’entre vous, j’ai deux fois votre âge et j’ai l’impression d’être un militant gauchiste à peine pubère au milieu d’un congrès de caciques de l’UDC. Ça vous dérange donc tant que ça que des gens qui n’ont pas envie de bosser puisse survivre sans enquiquiner le reste de la planète?

Ou que des artistes puissent créer sans se soucier de savoir s’il y aura des ramens dans le placard demain? Parce que, ne nous leurrons pas: avec deux plaques et demie par mois, on ne va pas loin, surtout à Genève.

J’ai l’impression qu’il y a en Suisse une mémétique du conservatisme tellement forte que même jeune, on commence à penser comme un vieux.

(Photo Sterling Ely via Flickr sous licence Creative Commons non commerciale share-alike.)

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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26 réponses

  1. Thias dit :

    Si j’aime bien l’idée d’un revenu universel en tant que concept – je pense que c’est le genre de concept où le diable est dans les détails, et il y a beaucoup de détails, et surtout beaucoup de possibilité de causer des grosses tensions dans la société: dès le moment où quelqu’un bosse, mais que son revenu est marginalement au dessus du revenu de base, la valeur du travail devient marginale. Ce n’est pas un sentiment positif.
    Personnellement ce qui me déplait, c’est que pour le très peu que j’en ai lu, le revenu est fixé à une somme arbitraire, pas comme un moyen de survivre. Hors les coûts changent selon l’emplacement des gens, même en Suisse (et les salaires aussi), ce genre de mesures a le potentiel de faire danser les prix de manière non négligeables.
    Bref, pour l’instant j’attend pour voir, mais il me faudra plus d’explications que «ça a marché en Afrique»…

    • Alias dit :

      C’est clair et je partage les mêmes réserves que toi à ce sujet. C’est un projet qui est plus révolutionnaire que réformateur sur beaucoup de points et qui demandera énormément de réglages fins avant d’être à peu près opérationnel (si tant est que ce soit une vraie bonne idée, ce dont je ne suis pas 100% convaincu).

      Ça n’explique cependant pas les réactions viscérales que j’ai lues.

  2. MJ dit :

    Je vois pas le rapport entre le mécénat et l’idée d’un revenu global en fait. Le mécène entretien volontairement un individu qu’il juge utile par ses compétences rares.
    Un revenu global contraint tout le monde à soutenir des individus inutiles aux compétences inconnues. Si un opposé du mécénat existe c’est bien le revenu global.
    Modifier la méthode de rémunération des artistes, c’est on ne peut plus nécessaire, mais de cette manière; plus que bof.

    MJ

    • Alias dit :

      Le revenu global part du principe que personne n’est inutile.

      • MJ dit :

        Et la question qui en découle :
        Peut-on baser une société sur un axiome ? Je veux dire : sans que ça parte en catastrophe eau-de-boudinesque.

        MJ

        • Alias dit :

          Parce que tu penses que notre société n’est pas déjà basée sur un ou plusieurs axiomes, du genre “paresse est mère de tous les vices” et autres “si tu n’as pas une Rolex à cinquante ans, tu as raté ta vie”?

          Je ne sais pas pour toi, mais personnellement, je trouve que ça commence déjà à partir en gonade. Après, je ne dis pas que le revenu universel est la panacée qui sauvera le monde, seulement j’en ai marre d’entendre des gens qui daubent l’idée par pur principe.

          Le syndrome TINA, il ne passera pas par moi!

          • MJ dit :

            Très honnêtement, je la crois basée sur une évolution – historique donc – qui a abouti sur la situation actuelle. Sans un événement de type cataclysmique (pas nécessairement un désastre donc, une évolution technologique importante faisant l’affaire), vouloir lui infliger un changement radical semble peu à propos.

            Après, pour rester plus dans le sujet, je ne vois pas où est la justice à entretenir un individu improductif s’il a les moyens de l’être (peu importe à quoi), ni l’intérêt que ça a – y compris pour l’intéressé.

            MJ

            • Alias dit :

              Sans vouloir faire dans le Godwin, des expressions comme “individu improductif” ou “inutile” me font froid dans le dos. Je veux croire à une maladresse.

              Curieusement, personne ne semble vouloir non plus considérer ceux qui bossent sans être payés: étudiants, artistes, bénévoles, personnes au foyer, etc.

              • MJ dit :

                Dire qu’un individu est improductif ne signifie pas qu’on souhaite lui offrir des vacances derrière des barbelés, si je ne m’abuse. Pour répondre à ta question, je suis plus troll que maladroit (mais le sujet est un véritable appeau, je plaide non coupable).
                Après, je rejoins ton avis concernant la productivité indirecte : l’étudiant apporte à la collectivité le fait d’être prochainement très qualifié, l’artiste d’avoir une imagination débordante et ainsi de suite. Bref, je suis bien d’accord que le système de rémunération actuel des artistes est débile, comme dit plus haut.
                Par contre, suis-je le seul à trouver que c’est une vraie balle dans le pied si un individu compétent se tourne les pouces ?

                MJ

              • Alias dit :

                Pas beaucoup plus qu’un incompétent à un poste à responsabilités.

              • MJ dit :

                “Pas beaucoup plus qu’un incompétent à un poste à responsabilités.”

                Là, je m’incline. Et assez bas en plus.

                MJ

  3. Fred H dit :

    Tellement d’accord avec toi…
    Et tu m’as pris de vitesse, je suis justement en train de rédiger mon propre billet sur le sujet.

  4. François dit :

    Personnellement, je suis très positif envers cette idée, mais je ne pense qu’elle puisse être réalisée telle quelle. Elle doit correspondre à un vrai changement de société. Les gens sont maintenant tellement conditionnés que je ne suis pas sûr qu’ils sachent quoi faire si on leur donne soudainement une certaine liberté économique. Il faudrait déjà commencer par enseigner à l’école des valeurs comme le partage, la coopération et le développement de soi.

  5. Fabien Lyraud dit :

    Personnellement je trouve qu’un revenu inconditionnel peut permettre à des personnes de faire des choix de vie qui auraient été impossibles sans ça. Car permettre, les choix, même les plus marginaux c’est important en démocratie.
    Mais je me demande si ce n’est pas trop tôt pour ce genre de mesures. Je pense que le jour où nous commenceront vraiment à entrer dans une société de la connaissance avec une économie basée sur la matière grise, on pourra vraiment s’y mettre. En France on est encore dans la transition entre société industrielle et société de l’information. Et on a perdu un temps monstrueux avec la droite.

  1. 14/04/2012

    […] out of the box. Ce qu’il y a de très surprenant, et en ce point je rejoins complètement le copain Alias, c’est le nombre de gens, jeunes en particulier, qui hurle au scandale à la simple […]

  2. 17/04/2012

    […] Ah, on me souffle dans l’oreillette que c’est à l’étude en Suisse. […]

  3. 02/09/2012

    […] C'est par cet article de la Tribune de Genève, intitulé Une initiative veut un revenu de 2500 francs pour tous, que j'ai appris l'existence d'un tel projet en Suisse. Pour une fois que le quotidien sort un article qui ne me donne …  […]

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