Scott Pilgrim vs. the World

Je n’ai pas pu voir le film Scott Pilgrim vs. the World au cinéma. La faute à plein de choses pas vraiment de mon ressort, comme l’incurie des distributeurs – à commencer par Universal, qui a attendu six mois (et la sortie DVD aux USA) avant de distribuer le film en Europe. Et après, l’industrie du cinéma s’étonne du téléchargement illégal. Pour ma part, étant bête, mais discipliné (sûrement plus bête que discipliné d’ailleurs), j’ai acheté le DVD et c’est donc dans le relatif confort de mon chez-moi, avec potes et chats (mais sans pop-corn), que nous avons regardé l’objet.

« L’OVNI » serait plus juste. Car si la bande dessinée Scott Pilgrim est déjà passablement barrée, son passage en film contient plusieurs niveaux supplémentaires de bargeitude. À commencer par le fait qu’il reprenne certains des codes de la BD: les petites vignettes explicatives qui accompagnent les personnages, les onomatopées (façon série télé Batman des années 60) et quelques autres éléments du genre. Ça, plus les codes des jeux vidéos, à commencer par le logo Universal du début, retravaillé façon jeux 8-bit.

J’avais quelques craintes quant à la capacité du film de condenser en deux heures les six volumes de la bande dessinée, mais, à vrai dire, le mode de narration est différent et passe très bien ainsi. Au lieu d’être une chronique qui se déroule sur plusieurs mois, entrecoupée de bagarres homériques, le film est une succession de bagarres homériques se succédant à un rythme accéléré, entrecoupée de saynètes explicatives aux transitions hyperboliques. Mais qu’est-ce qui n’est pas hyperbolique dans ce film, où les protagonistes passent à travers les murs ou explosent en laissant derrière eux une pluie de pièces?

Bon, pour être très honnête, le début est un peu chiant: les trente premières minutes sont là pour poser l’histoire, il ne s’y passe pas grand-chose, sinon que de multiples démonstrations que le héros éponyme de l’histoire est un gros loser. Je soupçonne aussi qu’entre ses références à des (vieux) jeux vidéos et à de multiples références geeks, c’est un film qui va très mal vieillir – encore plus mal que le premier Tron, par exemple.

Mais ces petits détails mis à part, Scott Pilgrim vs. the World est un film qui m’a vraiment bien éclaté et qui a beaucoup de choses pour plaire aux geeks, tendance joueurs, de plus de trente ans: truffé de références et doté d’effets visuels délirants, c’est un film réjouissant dans sa débilité assumée. Les fans de la bédé se réjouiront à l’idée que le film est redoutablement proche de cette dernière, ceux qui ne l’ont pas aimée peuvent se rassurer en se disant que le film est bien plus resserré et évite beaucoup de longueurs et ceux qui ne l’ont pas lue (honte!) peuvent se rattraper ainsi.

Je doute qu’il laisse une trace dans la filmographie geek comparable à, disons, Retour vers le futur ou Blade Runner, mais ce n’est pas plus mal non plus.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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8 réponses

  1. Malheureux, Tron n’a pas pris une ride !

    C’est clair en choisissant l’ambiance « geek JV / rock indie », Edgard cible son film, mais il en tire un univers cohérent qui – je crois – peut se comprendre rien qu’à l’osmose culturelle. C’est définitivement un de mes top 3 de 2010.

    Mais c’est un type qui considère Speed Racer comme un jalon nécessaire dans l’histoire du medium qui parle.

    • Alias dit :

      À ma grande honte (ou pas), je suis presque d’accord pour Speed Racer; nécessaire, sinon souhaitable…

      Par contre, pour avoir revu Tron (l’original de 1982, donc) il y a moins de deux mois, je trouve que ça a très mal vieilli. Mais, là encore, c’était un étape nécessaire. Sinon souhaitable…

  2. Jess dit :

    Quant à moi, pour paraphraser plusieurs critiques vues/lues ces dernières semaines, je dirais « durant les 30 premières minutes, c’est le meilleur film de l’année, et ça se transforme ensuite en ‘musical’ sans musique. »

    Donc oui, j’ai bien aimé SPVW, mais pas la même partie que toi manifestement ^^

    • Alias dit :

      Clairement pas, en effet. Et à part si on pense que c’est un film sur la condition du branleur semi-geek chouineur et pathétique dans le Canada contemporain, je vois mal comment on peut considérer que la première demie-heure est meilleure que le reste. 😉

      • « (…) je vois mal comment on peut considérer que la première demie-heure est meilleure que le reste.  »

        Parce que Wallace est awesome, voilà pourquoi. Et le gag du colis.

        Greg, le type qui ne sait pas regarder le final de Speed Racer sans chougner.

        • July dit :

          Wallace est géant, il faut voir les bonus pour certaines répliques absolument géniales concernant la redistribution de l’appartement !

          Quant au quatrième ex, les dialogues là encore sont génialement plein de mauvais jeux de mots (hasbians, bi-curious/bi-furious).

          Il ne survivra pas aux décennies à venir mais il vaut la peine d’être vue durant celle-ci.

          • Alias dit :

            C’est vrai que Wallace est très rigolo.

            Ça ne m’incitera cependant pas à regarder les bonus, parce que je ne les regarde jamais pour des raisons qui feront peut-être l’objet d’un autre billet si je me sens de râler un grand coup sur ce thème.

          • Tout le monde est gay pour Wallace, que ça soit extra- ou intradiégésiquement.

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