Survivre à une conférence

En général, j’évite de parler de mon boulot sur ce blog, parce que c’est mon blog, mes idées à moi, qui ne sont pas celles de mes employeurs. Ce qui est heureux pour tout le monde.

Dans le cas présent, je vais faire une petite exception (enfin, une grosse, parce que tartine majeure droit devant!) et vous parler de ma vie ces jours, dans le centre de presse de la onzième Assemblée de la Fédération luthérienne mondiale. Pour vous situer le machin, cette Assemblée à majuscule, c’est un peu comme un AG regroupant presque toutes les églises luthériennes dans le monde.

Ça représente environ 418 représentants venant de 79 pays, environ 250 conseillers et experts, autant de visiteurs et d’observateurs, sans parler des organes dirigeants de la Fédération elle-même, les journalistes, les volontaires et stewards et le personnel du secrétariat de Genève, là où je travaille; en tout, plus de 1 000 personnes. Tout ce petit monde – environ mille personnes, à vue de pied – s’entasse dans un centre de conférence non loin du centre de Stuttgart, le Liederhalle, pendant une grosse semaine; il y a quelques bidules avant et après, mais c’est l’idée.

Je rajoute à ceci le fait que, constitutionnellement, la communication se fait en quatre langues (anglais, allemand, français et espagnol); c’est important.

Ce genre de conférence consiste surtout en quelques wagons de réunions, soit en séance plénière, soit en plus petits groupe; il s’agit surtout de discuter de la politique interne de la Fédération, ce qui implique quelques trucs un peu plus importants que du pinaillage théologique: il y a l’élection du président et des nouvelles instances dirigeantes, une restructuration de l’organisation et, surtout, une cérémonie de réconciliation avec les mennonites, persécutés tout au long du XVIe et XVIIe siècle par les luthériens et les réformés.

De mon point de vue, elles produisent surtout du papier. Enfin, comme je suis “Web Manager”, des électrons en pagaille. C’est là que les choses se compliquent, rapport (entre autres) aux quatre langues. On a une équipe multilingue qui doit gérer les communiqués de presse, les articles spéciaux pour le site web, les légendes des photos et les vidéos. Et encore: on ne s’occupe pas du streaming vidéo ni du magazine quotidien.

On travaille également beaucoup avec les réseaux sociaux: présence sur Facebook et Twitterphotos sur Flickr et vidéos sur YouTube, agrégation croisée des contenus (oui, c’est un groto proto très moche, mis en place avec cette saleté de Google Sites que je hais profondément, mais c’est juste pour tester le concept).

Comme rien n’est simple, on doit jongler avec les révisions, les traductions (en quatre langues, donc), les machins approuvés en haut lieu ou pas, les requêtes des Puissances Supérieures (celles qui signent les chèques), ainsi que celles d’une horde de journalistes (on en a compté plus de cent, du jamais vu!).

Il faut être sûr que les photographes sont au bon endroit au bon moment (ce qui peut changer à la dernière minute, pour des raisons dépendant de l’humeur des douanes, de la faconde des orateurs ou des caprices de la météo) pour saisir le bon événement ou la bonne personne, puis il faut arriver à identifier les personnes sur la photo. Rappel: environ 1 000 participants venant de près de quatre-vingt nations, avec des noms pas toujours simples et des titres à rallonge. Le tout devant être traduit ensuite.

Les traductions non plus, ce n’est pas simple: comme toute grosse organisation bossant sur un sujet un peu pointu, la Fédération a son propre jargon. Il y a des styles, des conventions, des expressions-type. On ne peut pas simplement aller ratisser l’école de traduction d’à-côté et laisser les masses laborieuses plancher sur le sujet. De façon générale, la méthode de travail dite des “hordes mongoles” ne fonctionne pas dans ce genre d’opération.

Je ne vous parle pas des joies de l’intendance, avec des participants éparpillés sur quatre hôtels différents et pas forcément à côté du centre de conférence (pour ma part, dix minutes à pied). Il y a aussi les joies de l’expédition transfrontalière, avec les problèmes bureaucratiques et les transporteurs qui s’endorment sur les paquets urgents.

Le fait que personne ne soit – encore – mort est en soi un petit miracle; certes, en tant qu’organisation religieuse, les miracles, c’est censé être notre rayon, mais c’est très théorique. La seule bonne nouvelle du lot, c’est que la technique fonctionne plutôt bien, malgré le fait qu’on a mis en production deux ou trois applications majeures à peu près dix minutes avant l’ouverture des portes.

Il y a donc de bonnes chances que je survive au bordel ambiant; au reste, par rapport au même événement il y a sept ans à Winnipeg (Canada), celui-ci est plus court (huit jours au lieu d’onze) et – un peu – plus calme, de mon point de vue. Déjà, je n’ai pas commencé la réunion en me pétant le dos. Le seul gros souci est que même si j’aligne un nombre d’heures de sommeil à peu près décent (environ six heures par nuit), je suis en atmosphère de travail près de seize heures par jour pendant dix jours.

Les missions divines, c’est bien, mais c’est fatiguant, à la longue.

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