Pont du Mont-Blanc, Genève en 2035, par Vincent HURON

Swisstopia, un coup d’œil sur la Suisse de 2035

Swisstopia est le nom d’un magazine, dont l’édition du 15 septembre 2035 est consultable en ligne sur le site de l’Office fédéral suisse du développement territorial. C’est aussi le nom d’un projet développé par la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève, qui a remporté le concours “Demain, la Suisse?”

Si je vous en parle ici, ce n’est pas par chauvinisme – pas seulement, en tous cas – mais parce que ce projet contient beaucoup d’idées très intéressantes, que ce soit pour un projet politique ou pour un univers d’anticipation. J’irais presque à dire que c’est pareil, d’ailleurs.

L’idée de Swisstopia est de présenter plusieurs éléments qui sont très concrets et pas tant de la science-fiction: création d’éco-quartiers et décentralisation des agglomérations, revégétalisation des secteurs urbains, serres urbaines et potagers collectifs pour favoriser une alimentation locale, gestion des eaux grises et des cours d’eaux naturels, espaces de co-travail, etc.

Ça manque furieusement de voitures volantes et d’ascenseurs orbitaux, mais ce n’est pas non plus le but. Et très franchement, j’ai déjà assez de mal à gérer des véhicules circulant sur deux dimensions sans pour autant avoir à en gérer une troisième…

Ce que je trouve réellement fascinant avec ce projet, c’est qu’il montre un projet qui se déclare clairement décroissant, mais qui non seulement préserve une certaine qualité de vie, mais l’améliore encore dans certains cas. Ce n’est d’ailleurs pas tant de la décroissance que de la croissance autrement, une approche qui vise plus la qualité de vie que le PIB. On notera d’ailleurs que Swisstopia cite, en passant, l’adoption du revenu de base.

Alors, bien sûr, on parle d’une utopie; beaucoup des éléments mentionnés dans le magazine sont très optimistes – probablement irréalisables à si court terme. Mais l’intérêt est ailleurs: Swisstopia propose une véritable alternative, un modèle de société qui répond à beaucoup de vrais défis – dégradation de l’environnement, pics de ressources, mal-être social généralisé. De plus, en plus de solutions déjà existantes, il propose des schémas de transition concrets et plausibles.

Le fait qu’un tel travail ait été récompensé par un organisme fédéral, tout ce qu’il y a de plus officiel, montre qu’il y a des changements de mentalité qui sont en train de s’opérer au sein de la population. Du moins je l’espère, mais ça ne va pas être coton: les lobbies les plus actifs en Suisse ne sont pas exactement des plus progressistes sur ces points.

Mais c’est aussi une occasion pour reprendre la main: j’ai l’impression qu’une grande partie du succès des partis conservateurs (pour rester poli) réside dans leur maîtrise de la narration, du storytelling, de l’histoire qu’ils veulent raconter au peuple. Un travail comme Swisstopia est un véritable outil de narration pour ceux qui, à gauche, souhaite propose une véritable alternative.

La science-fiction et l’utopie, ça peut aussi être un argument politique.

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