“The Atrocity Archives” et “The Jennifer Morgue”, par Charles Stross

Bob Howard est ce que l’on pourrait appeler un espion standard. Entendez par là que ce n’est pas un surhomme en smoking qui dessoude des agents ennemis par palettes tout en buvant des vodka-martini et en draguant tout ce qui passe, mais un geek, fonctionnaire de la Couronne britannique. Bon, à part que son employeur, connu sous le nom de The Laundry, est plus secret que secret, car s’occupant d’incursions dans notre réalité par des entités extra-dimensionnelles dont la seule mention suffirait à rendre la moitié de la planète folle à lier.

J’avais beaucoup entendu parler de The Atrocity Archives et de sa suite, The Jennifer Morgue, série signée Charles Stross (je n’ai pas encore lu The Fuller Memorandum, ni les autres nouvelles) et j’avais jusque là un peu hésité, principalement par anti-lovecraftisme primaire. Car non, je n’aime pas non plus les histoires d’Horreur Indicible; je sais, je suis chiant, vous devriez avoir l’habitude, depuis le temps. Dans le cas présent, c’est un tort, car la série est tout bonnement excellente.

D’abord, c’est une série écrite par un geek, pour des geeks. Les références informatiques obscures, tout droit sorties du Jargon Book, sont nombreuses et souvent hilarantes; bon, ça implique qu’il faut avoir une certaine connaissance du folklore en question, sinon des références comme le “Scary Devil Monastery” – sans même parler du fait que les deuxième et troisième prénoms du protagonistes sont Oliver et Francis – risquent de vous passer loin au-dessus de la tête.

Il y a aussi toute l’approche “administration gouvernementale qui part en vrille”; The Atrocity Archives, c’est un peu Dilbert rencontre Lovecraft. Bob doit affronter des horreurs surnaturelles venues du fin fond du temps et de l’espace tout en remplissant des formulaires en conformité avec les procédures mises en place selon les standards ISO 9000 et tout en devant gérer les rivalités inter- et intra-départementales qui se résolvent parfois à coups d’invocations démoniaques ou d’armes réellement non conventionnelles.

Qui plus est, Stross est un rôliste et il est difficile de ne pas voir dans cette série des liens avec les Suppressed Transmission de Ken Hite ou Delta Green – qu’il cite d’ailleurs nommément. Il y a dans ces deux bouquins suffisamment d’inspirations pour remplir douze scénarios de jeu de rôle occulte contemporain, minimum. Plus assez de décalage pour inspirer une ou deux campagnes Tigres Volants. En fait, le génie de Stross tient en ce qu’il présente une approche crédible et hilarante au concept d’histoire cachée; le concept de l’agence gouvernementale occultiste peut être reprise tel que dans au moins la moitié des univers de jeu que je connais.

Rien que du bon, donc? Oui, ou peu s’en faut. Le seul reproche que j’ai réellement à faire, c’est le côté ultra-typé des références qui fait que quelqu’un comme Isa – qui est une geekette, certes, mais pas versée en informatique pour deux sous – ne va pas tout comprendre. De ce point de vue, c’est un peu du roman de niche; en tant que rôliste, j’ai l’habitude.

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