“The Quantum Thief”, de Hannu Rajaniemi

La servante transhumaine d’une semi-divinité, son vaisseau cristallin intelligent et un voleur aux multiples copies quantiques rentrent dans un bar… Bon, dans The Quantum Thief, de Hannu Rajaniemi en fait de bar, Mieli, Perhonen et Jean le Flambeur (le trio, donc) commence déjà par s’échapper d’une prison stellaire, puis se dirigent vers Oubliette, la cité mobile de Mars, à la recherche de la mémoire du voleur. C’est déjà pas mal, mais ce n’est que le début.

Dit comme ça, le roman ne sonne pas exactement comme étant facile d’accès. Il ne l’est pas réellement : les premières pages, constellées de jargon, ne sont pas évidentes à appréhender, mais le génie de l’auteur consiste à nous décrire des scènes où les différents concepts et gadgets ne forment qu’un décor exotique à une action trépidante.

Du coup, il n’est pas réellement nécessaire de savoir ce qu’est un q-dot ou un spime ni ce que ‘blink veut dire pour comprendre ce qui se passe. Immersion garantie, presque sans douleur. Par la suite, le décor apparaît de plus en plus familier et la trame devient plus touffue, on atteint le cœur de l’intrigue : une quête de l’identité qui semble être la clé vers des secrets bien plus importants.

Même s’il vit en Angleterre et écrit en anglais, Hannu Rajaniemi est Finlandais. Ça se voit, surtout via le personnage de Mieli, qui n’hésite pas à lâcher quelques perkele! bien sentis. C’est également un fan d’Arsène Lupin, ce qui se voit également dans le personnage de Jean Le Flambeur. De façon générale, entre les termes français, finlandais, russes et autres inventions jargoniques transhumaines, le texte est un joyeux smorgåsbord linguistique.

La trame est en apparence complexe, mais j’ai trouvé le bouquin lisible. Il y a une alternance entre les personnages, par chapitre (plus rarement par section), mais ça reste plutôt facile à suivre. Côté action, on a droit à pas mal de retournements de situation pas piqués des vers, qui rappellent également la traditions des romans populaires du début du XXe siècle.

Il y a également une palanquée d’idées très originales dans cet univers, comme la notion de pare-feu personnel, appelé “gevulot”, qui permet à tout citoyen d’Oubliette de ne choisir de montrer que ce qu’il veut bien à ses contemporains (à part dans certains espaces publics où tout est réellement public).

S’il fallait faire des reproches à The Quantum Thief, je dirais que, d’une part, le roman appelle une suite, ce qui est toujours un peu frustrant, et que le contexte général de ce système stellaire post-Singularité, qui semble avoir subi au moins une catastrophe majeure, est loin d’être évident. De plus, même si les explications sont fournies tout au long de l’ouvrage, un glossaire n’aurait pas été de trop.

La citation en exergue sur la couverture inciterait à comparer The Quantum Thief à Accelerando, de Charles Stross. Ce serait en effet un peu brutal pour pauvre Charlie, mais je n’avais pas aimé Accelerando, non plus. Par contre, je recommande donc chaleureusement The Quantum Thief aux amateurs de science-fiction transhumaniste plus exotique qu’une boîte de tachyons.

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