“The Rapture of the Nerds”, de Cory Doctorow et Charles Stross

Avouez que, d’entrée de jeu, avoir Charles Stross et Cory Doctorow à l’affiche, ça fait un peu dream team pour ce The Rapture of the Nerds, roman de science-fiction décalé bien comme il faut que l’on pourrait résumer par “la Singularité vue par quelqu’un qui ne l’aime pas”.

En effet, Huw Jones, Gallois technophobe et héros de l’ouvrage, est l’un des rares humains qui, en cette fin de XXIe siècle, n’a pas chargé sa conscience dans le “nuage” avant de léguer sa viande résiduelle à un fabricant de pâté pour chat. Le reste de l’humanité, virtualisé, vit dans un nuage de matière informatique qui occupe l’espace autrefois réservé aux planètes du système solaire, Lune comprise.

Infecté par un virus d’origine extra-planétaire et, du coup, considéré comme hautement suspect par des autorités soucieuses de conserver un mode de vie préservé sur Terre, Huw va se faire balader par ses “amis” conspirateurs depuis son Pays de Galles natal vers la Seconde Jamahiriya magique libyenne jusqu’aux États chrétiens d’Amérique (qui se considèrent comme oubliés par le Ravissement) et va devoir négocier avec une juge hystérique, un évêque fondamentaliste, des extra-terrestres et, pire que tout, ses propres parents.

Ce livre est un gros délire. J’ai eu l’impression de lire une version de Accelerando (de Charles Stross) revue et corrigée par Douglas Adams. La Singularité dans tous ses excès sociaux, du point de vue d’un misanthrope transhumanosceptique. En mettant l’accent sur les côtés sociaux et en restant au niveau des personnages balancés sans ménagements dans des cultures qui ne sont pas la leur, c’est une ambiance qui parle tout de suite à l’auteur de Tigres Volants.

Il y a de l’action; on est même dans le domaine des montagnes russes, tant ça part dans tous les sens, avec des trahisons en pagaille et des retournements à la pelle. Après, l’intrigue est un peu (voire beaucoup, par moments) capillotractée, mais c’est presque un élément secondaire du bouquin. On peut aussi chouiner sur le côté passif et agaçant du protagoniste qui subit l’action (et deux changements de genre) une grande partie du bouquin, mais il y a quand même une évolution.

Il y a également beaucoup de jargon; en général, Doctorow essaye d’être didactique quand il cause d’informatique, mais soit Stross a mis son casque d’ancien admin Unix pour lui coller des coups de boule soit, plus probablement, les deux compères ont jugé que la subtilité n’était pas vraiment de mise et ils y sont allés plein pot. Du coup, le non-informaticien risque de ramer un peu et, de façon générale, le non-geek risque d’avoir du mal avec certaines références.

Vous vous en douterez: j’ai adoré ce bouquin. Il n’est certes pas sans défaut, mais il m’a beaucoup amusé et il est truffé d’excellentes idées sur les univers virtuels et leur gestion pratique. Avec un poil plus de 320 pages, ce n’est pas non plus un pavé indigeste et il est disponible sur le site de Cory Doctorow, sous licence Creative Commons (non-commerciale, pas de dérivés). Raison de plus de ne pas le manquer!

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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4 réponses

  1. Alias dit :

    En y repensant sur mon petit vélo, en route vers le bureau, je me suis aperçu que j’avais négligé un aspect important du livre: le côté gestion des ressources.

    Stross et Doctorow jouent pas mal là-dessus (c’est même, sans trop spolier, le point central de la seconde partie du bouquin) en montrant un univers virtualisé, mais qui est tiraillé entre une liberté de forme totale et un problème de ressource. Genre, le héros se crée une armée de clones et l’instance dans laquelle il se trouve ralentit massivement, parce que la puissance de calcul ne suit pas.

    Il y a plein d’aspects très malins de ce genre. C’est un peu l’anti-Culture (de Iain Banks), de ce point de vue: l’univers a beau être post-Singularité, il n’est pas post-rareté.

  2. Balise dit :

    Je suis toujours un peu sceptique sur les bouquins qualifiés de “un gros délire” ou “décalé”, parce que souvent j’arrive pas à rentrer dans le délire et que ça part dans tous les sens et que ça m’énerve. (Je fais partie de ces gens qui n’aiment pas Pratchett, par exemple. Je concède une certaine qualité à ses trucs, mais moi j’aime pas.)
    Du coup, ça m’agace quand on arrive quand même à me donner envie de lire un bouquin malgré ça 😛
    Balise Articles récents…Murphy m’en veut personnellementMy Profile

    • Alias dit :

      Au pire, tu prends la version PDF sous licence CC et, si ça ne te plaît pas, tu n’auras au moins rien perdu sinon un peu de temps.

      Moi j’ai bien aimé, parce que ça prend le contre-pied de la SF transhumaniste traditionnelle de la même façon (mais un peu moins délire) que Douglas Adams, en son temps, avait pris le contre-pied de la SF.

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