« The Windup Girl », de Paolo Bacigalupi

Si vous voulez de la science-fiction exotique, pas besoin de faire des milliers d’années-lumière ou des milliers d’années tout court: il suffit de se plonger dans The Windup Girl, le roman de l’Américain Paolo Bacigalupi, qui se déroule dans une Thaïlande de l’après-pétrole (Wikipedia parle de XXIIIe siècle, mais le livre ne cite aucune date précise).

Le pays est une exception sur une planète ravagée par les pandémies, les expérimentations génétiques ratées et le bio-terrorisme: une terre où les « monopoles caloriques » – les grands groupes agro-alimentaires qui tiennent le monde par la faim – font la loi, si nécessaire en créant des pénuries et des catastrophes. Les monopoles n’aiment pas les exceptions.

Comme si les choses n’étaient pas assez compliquées, la situation politique est tendue, entre les tenants du Ministère de l’Environnement et ceux du Commerce, et l’étincelle qui mettra le feu aux poudres pourrait bien venir d’une curieuse fille-automate, créature artificielle et clandestine d’origine japonaise.

Dans ce roman se croisent plusieurs thèmes: celui des enjeux environnementaux de l’avenir face à des sciences du vivant mis au service de la recherche du profit maximal, mais aussi la question de la dignité (et de la nature) humaine, indissociable de la question d’honneur public, la « face » propre aux cultures asiatiques. Jusqu’où peut-on aller trop loin à abaisser, avilir l’autre.

C’est là que se trouve à mon avis le seul point qui m’ait réellement gêné dans le bouquin: des descriptions très crues, limite complaisantes. Je comprends qu’elles se justifient par rapport à cette thématique, mais je ne crois pas qu’elles aient été indispensables. Hormis cela, l’usage de termes et de concepts thaïs qui déboulent, dès le départ et sans préavis, ont de quoi désarçonner, mais on s’y fait assez vite.

L’intrigue est solide et le décor impressionnant, entre futurisme, traditions millénaires et post-apo; crédible, aussi, ce qui fait un peu peur. Mais l’intérêt de ce roman tient également dans des personnages remarquablement décrits, forts sans être monolithiques et aux motivations complexes. Ce sont eux qui font progresser l’histoire; eux et leurs fantômes…

Si vous avez envie de vous plonger dans un roman qui se lit d’autant plus vite qu’une fois dedans, on n’a pas envie d’en ressortir, The Windup Girl (traduit en français sous le titre La fille automate) est recommandable en presque tous points. Il a d’ailleurs reçu, ex-aequo avec The City & The City, le prix Hugo 2010, et récemment le prix Planète-SF des blogueurs 2012, entre autres récompenses.

Dépaysement garanti et histoire qui fait réfléchir, que demander de plus?

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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9 réponses

  1. Vaken dit :

    Ah, ça fait un moment que j’hésite à l’acheter. Balançant du oui au non en fonction des critiques lues.
    Tu me fais repasser du côté du « oui », du coup 😉
    Vaken Articles récents…Quelle famille de barbares…My Profile

  2. edomaur dit :

    Aaaahhh enfin qqn d’autre que moi qui l’a lu 😀

  3. Brize dit :

    J’ai achevé tout récemment la lecture de ce roman que j’ai, dans l’ensemble, apprécié . Et je voulais juste te dire que je me suis fait la même remarque que toi quant aux descriptions que tu évoques…
    Brize Articles récents…« Complètement cramé ! », Gilles LEGARDINIERMy Profile

  1. 13/03/2013

    […] D’autres avis, tous très positifs, chez : Gromovar, Traqueur Stellaire, Anudar, Lhisbei, Tigger Lilly, Efelle, Lorhkan, Endea, Alias … […]

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