Bienvenue dans le totalitarisme ludique!

La semaine passée, une information m’a fait tiquer: la Chine populaire annonçait vouloir mettre en place un « score citoyen« . Sous ce terme se cache l’idée d’un classement de ses habitants, en utilisant notamment leur activité sur les réseaux sociaux autorisés.

Officiellement ce classement est purement économique, à l’instar du score de crédit pratiqué par les banques pour évaluer la capacité de remboursement des emprunteurs. Mais ces critères « civiques » ressemblent fortement à des critères idéologiques, quand on les regarde sous le nez.

Ceux qui connaissent l’univers de Tigres Volants reconnaîtront dans ce concept un des éléments présents dans Tigres Volants, plus précisément les degrés de citoyenneté mis en place par la Fédération des hautes-terres. Ça va peut-être vous étonner, mais je ne suis pas très enthousiaste quand l’univers commence à imiter celui de Tigres Volants.

Et puis est venu par-dessus l’inévitable Charles Stross, qui est toujours prêt à rebondir sur les concepts futuristes vaguement inquiétants pour en faire quelque chose de bien plus terrifiant. Et, d’ailleurs, son billet s’intitule It could be worse.

Dans ce texte, il démontre comment le système que la Chine populaire compte mettre en place pourrait très bien être également étendu à nos démocraties (±10% d’erreur expérimentale) occidentales, avec bien évidemment un aspect bien plus mercantile.

Déjà, il souligne un aspect mal connu du système chinois: ce n’est pas la seule activité des citoyens qui a un impact sur leur score, mais également celle de leurs proches. Du coup, ceux qui agissent à l’encontre des directives du système vont se voir ostracisées par leurs proches, de peur de voir leurs propres scores baisser par association.

Il cite en exemple l’impact qu’un tel système aurait dans le domaine des assurances – auto, mais aussi santé. Surtout en prenant en compte qu’il mesurerait des données observables pas forcément pertinentes. Méfiez-vous des observables!

Mais le vrai trait de génie de Stross, c’est d’imaginer comment rendre un tel projet acceptable par nos populations: en le rendant ludique. Avec des récompenses, des compétitions entre amis, des classements mensuels, de la saine émulation enrobée dans du fun et des objectifs à atteindre. La ludification au service du totalitarisme.

Il y a dix ans, j’écrivais:

La Fédération des hautes-terres, c’est la dictature nouvelle vague, le fascisme 2.0.

Aujourd’hui, il semble bien que ce fascisme 2.0 soit à nos portes, prêt à être téléchargé sur nos tablettes et sur nos téléphones. Achievement unlocked.

(Image par JD Hancock via Flickr, sous licence Creative Commons.)

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

Vous aimerez aussi...

3 réponses

  1. Gromovar dit :

    Ah ouais. Ca fout les boules.

    Etn bien vu.

  2. K von Murphy dit :

    Mouais. Raison de plus d’utiliser des pseudos en ligne, de séparer ses personnalités et ses accointances, et souvent de déconnecter.

    • Alias dit :

      Avec un tel système en place, je doute que de telles solutions fonctionnent encore. On voit déjà des gouvernements – genre, la Grande-Bretagne – qui veulent interdire le chiffrement, sans parler des sites qui interdisent les pseudos.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

%d blogueurs aiment cette page :