Une histoire populaire de l’empire américain

S’il y a bien une phrase que je déteste, parmi toutes les phrases que je déteste, c’est sans doute “l’Histoire est écrite par les vainqueurs”. Pipeau: l’Histoire est écrite par des historiens; le reste, c’est de la propagande. Howard Zinn (1922-2010) était un historien américain – engagé, certes, mais historien quand même – et cette bande dessinée Une histoire populaire de l’empire américain est directement inspirée de son Histoire populaire des États-Unis.

Si je parle ici d’une bande dessinée (avec Paul Buhle et Mike Konopacki au dessin) traduite au lieu du bouquin originel en anglais, c’est parce que Roboduck en a fait l’article sur son blog en termes suffisamment élogieux pour que le l’achète hier et que je lise dans la foulée (entre un crash aérien et une tornade; oui, j’aime bien regarder le disaster-porn dominical qu’est La minute de vérité). Vous allez rire: il avait raison.

Une histoire populaire de l’empire américain part d’un constat: depuis maintenant plus d’un siècle, la politique américaine est impérialiste, colonialiste et c’est une nation qui s’est construit sur des principes de violence, d’agression et de conquête. Michael Moore, avec l’aide des créateurs de South Park, en avait fait d’ailleurs une amusante démonstration dans Bowling for Columbine.

Bon, c’est une thèse qui, d’un point de vue d’historien, est légèrement orientée; Howard Zinn est un activiste de gauche, avec un solide bagage de luttes anti-guerre et anti-ségrégation. Cela dit, c’est clairement un historien et, même si la bande dessinée est un effort de vulgarisation d’un pavé de mille pages, on sent qu’il y a un vrai travail derrière et ce n’est pas une thèse lancée en l’air et parcourue de références aux complots des Chinois du FBI.

Du coup, Zinn offre un coup de projecteur salutaire sur un certain nombre de points de l’histoire américaine dont on ne parle pas à table ni même ailleurs – invasion de Cuba et des Philippines, brisage de grèves par des bandes armées, bombardement au napalm sur Royan en 1945, juste pour tester, etc. – et, du coup, sa démonstration a beau être clairement connotée gauchiste, elle a un poids académique certain.

C’est donc un ouvrage que je recommande volontiers à ceux qui s’intéressent à l’histoire du XXe siècle en générale, à celle des États-Unis en particulier et à un regard un peu différent sur une nation qui se définit comme une terre de libertés tout en n’ayant jamais cessé de piétiner celle des autres.

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