“Working Class Heroic Fantasy”, de Gee

"Working Class Heroic Fantasy", de Gee

Barne Mustii est un comptable. Pas vraiment le héros des légendes: il est harcelé par son patron, sa femme l’a quitté et il s’engueule tous les matins avec son miroir. Il faut aussi préciser que, dans le monde imaginé par Simon “Gee” Giraudot dans ce roman Working Class Heroic Fantasy, le miroir est magique, l’ex-épouse une elfe et le patron un gobelin.

Gee imagine donc un univers médiéval-fantastique qui aurait évolué jusqu’à une époque plus ou moins équivalente de notre 2018, avec des gratte-ciel, des multinationales, et des syndicats. Il y a donc des humains, des orques, des gobelins, des elfes, des fées, des nains, des gnomes et des magiciens – qui forment eux aussi un peuple intersexe.

Son héros-malgré-lui, employé de bureau, commence sa quête dans les bureaux de son syndicat local, dans une tentative désespérée pour lutter contre le harcèlement moral dont il est victime. Pas de bol: il tombe sur une bande d’activistes un peu trop enthousiastes, qui vont l’embringuer dans une série d’aventures à la recherche d’une épée magique.

Ce qui pourrait être amusant si leurs péripéties ne leur valaient pas d’être considérés comme des terroristes par les autorités et ne leur attiraient pas également l’inimitié de milices d’extrême-droite. Mais, après tout, leur but final n’est-il pas de renverser le capitalisme?

Posons tout de suite les choses: Working Class Heroic Fantasy n’est pas le roman du siècle. Déjà, son titre est assez affreux. De plus, même si l’auteur se défend d’avoir écrit un ouvrage politique, en toute objectivité c’en est un – ne serait-ce que parce que tout est politique. Et, dans le cas présent, son aspect de pastiche politique n’est pas des plus subtils.

Ceci posé, c’est un texte que j’ai pris plaisir à lire. La “compagnie” est un bel exemple de groupe de PJ embrigadés par une magicienne genderfluid (elle s’identifie comme féminine, mais arbore barbe et moustache, ce qui permet à l’auteur de s’essayer à l’écriture inclusive et aux pronoms agenrés) et, surtout, manipulatrice.

L’idée de base, qui explique que les avancées technologiques ont été apportées par les peuples non-magiques pour concurrencer la magie, n’est certes pas nouvelle, mais elle est plutôt bien exploitée. Et les enjeux autour de la quête du pouvoir et de sa perversité sont plutôt bien vus.

Working Class Heroic Fantasy est donc une lecture distrayante et amusante. Les qualités du texte contrebalancent plutôt bien ses défauts et, si on peut légitimement se poser la question de si cela vaut la peine d’être lu – surtout pour les gens qui ont des piles à lire qui menacent de les ensevelir – le livre est disponible en numérique sous licence Creative Commons, partage dans les mêmes conditions (CC-BY-SA).

Vous pouvez le trouver sur le site de Framasoft et sur celui de l’auteur.


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Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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