“Yes is the Answer”

Tiens, je parlais récemment de ma tendance au moubourrage en matière de rock progressif, nouvel exemple avec Yes is the Answer (and other prog rock tales), une anthologie de textes sur (précisément) le rock progressif compilée par Mark Weingarten et Tyson Cornell. Encore plus fort: il s’agit d’auto-moubourrage, car je m’étais persuadé qu’il s’agissait de nouvelles de SF ou de fantastique sur ce thème.

Mauvaise pioche à (au moins) deux niveaux: d’une part, il s’agit surtout d’articles principalement autobiographiques où des auteurs et/ou des musiciens racontent leur enfance bercée par les Yes, Pink Floyd, Genesis, ELP et autres King Crimson du début des années 1970 et, d’autre part, je ne les ai pas trouvés particulièrement intéressant, dans leur ensemble.

Enfin, non; c’est plus subtil que cela: à la base, il y aurait un certain intérêt à entendre des auteurs ou des musiciens aujourd’hui établis raconter comment le rock progressif a changé leur vie. Mais j’ai l’impression qu’une grande partie des articles peut se diviser entre ceux qui ont aimé ça, mais qui maintenant en ont honte, et ceux qui détestaient le prog, mais essayent maintenant (de façon plus ou moins sincère) d’y trouver des points positifs.

L’autre problème, c’est qu’au bout d’un moment, ça se répète beaucoup. Le fait que la plupart des vingt contributeurs soient Américains et parlent de la même époque y est sans doute pour beaucoup; le fait que ce soit des mecs blancs aussi. Sans surprise, un peu toutes les histoires tournent autour de découvertes musicales, de drogue et d’enfances difficiles.

Je dénigre beaucoup à cause de la double déception mentionnée ci-dessus, mais il y a quand même des choses très intéressantes dans Yes is the Answer. C’est une plongée dans les années 1970, d’une part, mais aussi dans un monde musical souvent très fantasmé et qui apparaît ici sous une lumière plus crue. Encore que je me méfie un peu des souvenirs racontés quarante ans plus tard.

C’est aussi – surtout, si on en croit la préface de Mark Weingarten – une ode à un genre musical qui est allé trop loin, trop vite, et qui a fini par retomber comme un vieux soufflé le jour où d’autres musiciens plus couillus sont venus leur piétiner l’égo avec des bottes à clous. L’idée qui sous-tend les articles, c’est que le rock progressif ne pouvait pas “finir” autrement que dévoré par ses propres ambitions, implosant sous l’effet de sa propre masse.

Il n’empêche que j’aurais vraiment aimé lire une anthologie de SF/fantasy inspirée par le rock progressif. Ne serait-ce que parce que si j’ai écrit Tigres Volants, c’est probablement grâce à (qui à dit “à cause de”?) ce que j’écoutais à l’époque: Saga, Marillion, Mike Oldfield et bien d’autres. En même temps, l’imagerie prog s’est nourrie de la science-fiction (que l’on pense aux illustrations de pochettes signées Roger Dean ou Rodney Matthews), ce serait normal de lui renvoyer l’ascenceur.

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