Et si… ça s’était passé autrement? (Guerres & Histoire HS3)

Et si… ça s'était passé autrement? (Guerres & Histoire HS3)

Il est rare que je vous parle de magazines et si ce hors-série de Guerres & Histoire intitulé Et si… ça s’était passé autrement? a attiré mon attention, c’est parce que c’est un titre « grand public » (une des revues du groupe Science & Vie) qui parle d’uchronie.

C’est d’ailleurs via 1940: La France continue que j’ai découvert son existence. Vu le niveau des pointures dans ce domaine que l’on trouve sur ce forum, leur enthousiasme tenait lieu d’adoubement et, après avoir écumé quelques marchands de journaux, j’ai enfin pu le trouver.

Si la couverture annonce « 20 uchronies militaires », le texte est un peu trompeur: des vraies uchronies, il y en a seize – dix-sept si on compte l’exercice de style (très ASB, comme on dit dans le milieu) qui téléporte un bataillon de chars Leclerc au milieu de la Bataille de France en 1940.

Mais bon, seize (ou dix-sept) uchronies, dont certaines très originales, c’est quand même pas n’importe quoi! Surtout que, dans les quatre autres articles, on trouve deux essais théoriques très intéressants: l’un sur l’écriture d’uchronies militaires et l’autre sur la notion de bataille décisive, en plus d’une bibliographie.

Il y a des classiques, comme l’échec du Débarquement en Normandie, la victoire de Napoléon à Waterloo ou la victoire des Confédérés pendant la Guerre civile américaine, mais également des batailles nettement moins connues et qui, pourtant, ouvrent des potentialités vertigineuses en cas de résultat inverse.

Par exemple, la bataille de Yarmuk entre Byzantins et Arabes 636, où une victoire chrétienne peut donner un coup d’arrêt définitif à l’expansion musulmane. Ou une percée allemande sur Bakou en 1942-1943, qui n’aurait certes pas sauvé l’Allemagne nazie, mais qui aurait eu un impact considérable sur la mobilité de l’Armée rouge et, par conséquent, sur l’avancée soviétique.

Le scénario sur la décision d’Hannibal de marcher sur Rome et soumettre la ville après ses trois victoires sur les légions romaines change également l’avenir de façon radicale. D’autres, comme le maintien de la neutralité américaine en 1917 ou le débarquement américain au Japon en 1945, ne changent finalement pas grand-chose.

Si je devais pointer quelques défauts, je dirais que parfois, les auteurs s’amusent un peu trop à imaginer des futurs très éloignés – en contradiction, d’ailleurs, avec l’une des « lois » mentionnées dans l’essai sur l’écriture d’uchronies – et que le thème se concentre sur les uchronies militaires, certes très spectaculaires, mais parfois un peu limitées.

À cet égard, le texte sur la victoire de Napoléon à Waterloo apporte des éléments de géopolitique bienvenus, montrant que l’action militaire n’est – selon l’expression attribuée à Clausewitz (EDIT et pas à Napo lui-même) – que la continuation de la politique avec d’autres moyens.

Il n’y a pas grand-chose à jeter dans ce hors-série de 130 pages. Tout au plus, certains textes un peu plus faibles ou un peu « perchés » – celui sur la rencontre entre cavaliers francs et samouraïs, par exemple, ou celui déjà mentionné sur les chars Leclerc en 1940 – et même eux ne sont pas dénués d’intérêt.

L’uchronie, ce n’est somme toute qu’une façon différente de faire de l’histoire et, de ce point de vue, Et si… ça s’était passé autrement? apporte un point de vue ludique à la compréhension d’événements historiques célèbres ou, au contraire, mal connus et pourtant capitaux.

Je ne peux que vous en recommander la lecture, d’autant que, pour €7.90, ce n’est vraiment pas cher payé.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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4 réponses

  1. Frédo dit :

    « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens » n’est pas de l’empereur, mais de Clausewitz, officier prussien de son état. Mis bon, quand on parle d’uchronie… 😉

    • Alias dit :

      J’ai peut-être mal lu, note; je vérifierai ce soir.

      EDIT: Effectivement, le texte mentionne juste que Napoléon connaît cette maxime.

  2. J’ai lu aussi cette publication avec cette même déception de ne pas retrouver véritablement de l’uchronie. Mais c’est intéressant du point de vue des batailles traitées, celles qui sont méconnues, ou les articles qui donnent des éléments de compréhension, comme tu l’as bien cité. Je suis d’accord, on peut voir ça comme une bonne manière d’enseigner l’histoire ou, au moins, d’en donner le goût.

    Tu es impardonnable sur Clausewitz :p te diras l’ancien wargamer que je suis
    Didier (Iceman) Articles récents…Souvenir de Gamer : Asteroids (1979)My Profile

  3. Collectionneur dit :

    Parmi les articles de magazines, celui que je trouve le plus plus original par sa formulation est celui des  »lettres persanes » sur la Grèce dominé par l’Empire perse. Il donne un tableau assez complet sur une situation en Méditerranée totalement chamboulé.

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