« H.P.L. » de Roland C. Wagner

« H.P.L. », de Roland C. Wagner

Quand on parle de Howard Philip Lovecraft, je m’attire toujours des regards noirs de la part de certains de mes collègues rôlistes quand je dis que je n’aime pas ses écrits – et j’ai du mal aussi avec le bonhomme, d’ailleurs. Du coup, qu’est-ce qui m’a poussé à acheter ce H.P.L., de Roland C. Wagner?

Bon, la réponse est un peu incluse dans la question: c’est du RCW et j’avoue que j’aime plutôt bien ses écrits – avec quelques réserves, mais globalement j’aime bien. Et puis avec H.P.L., il ne propose rien de moins qu’une biographie uchronique, où Lovecraft aurait pu faire soigner à temps le cancer qui lui fut fatal et vivre jusqu’à l’âge plus que respectable de 101 ans.

Wagner imagine donc le « vieux gentleman » qui finit par abjurer ses idées les plus douteuses face à la montée du nazisme et qui, après-guerre, se frotte avec les autres grands-noms de la science-fiction américaine – voire se fritte avec eux, notamment Robert Heinlein, avec lequel il a des relations des plus conflictuelles.

S’il s’amuse à décrire des œuvres écrites par Lovecraft, il s’appuye surtout sur les penchants épistoliers de l’auteur pour en recréer sa vie imaginaire. Et Wagner ne serait pas RCW s’il ne se permettait pas de croiser la légende de la science-fiction et le rock psychédélique. C’est peut-être un peu le seul élément bizarre de cette uchronie, mais même cela est bien intégré.

Ce court texte s’accompagne d’une nouvelle « lovecraftienne », Celui qui bave et qui glougloute. On est ici plus dans le domaine du pastiche, dans un contexte de l’Ouest américain en fin de XIXe siècle uchronique, qui tutoie le steampunk – machines volantes et gadgets improbables.

On y rencontre le chasseur de primes Kit Carson au milieu de ce qui ressemble à un conflit interplanétaire entre Martiens et Vénusiens sur fond de guerres indiennes. Mais le professeur Lévêque a des doutes et la réponse à ses questions pourraient bien se trouver dans un livre maudit écrit par un Arabe fou…

Soyons clair: Celui qui bave et qui glougloute n’est pas vraiment lovecraftien. Peut-être dans ses thèmes, clairement pas dans son ton. C’est plus du Roland Wagner qui s’amuse avec la SF howardienne, le fantastique à tentacules et les mythes de l’Ouest – y compris leurs interprétations franco-belges, avec la présence de quatre frères en tenue de bagnard.

H.P.L. est une nouvelle illustration de mon expression fétiche « je n’aime pas X, mais… » – X étant dans le cas présent Lovecraft. Pour tout dire, j’aurais presque eu envie de lire certains des textes uchroniques décrits dans H.P.L. Quant à Celui qui bave et qui glougloute, c’est une nouvelle amusante, pas forcément révolutionnaire, mais plaisante à lire. C’est plus parce que Wagner que parce que Lovecraft.

Ah, une dernière raison pour s’intéresser à ce texte: c’est un petit bouquin pas cher, à six euros.

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