Jodorowsky’s Dune

Jodorowski's Dune

Riche idée qu’a eue là l’AMDA, l’association des Amis de la Maison d’Ailleurs, qui ont organisé à Genève une projection du documentaire Jodorowsky’s Dune, en présence de son réalisateur, l’Américain Frank Pavich!

Du coup, après le boulot, me voici à rallier le Cinélux (coïncidence: c’est dans cette même salle qu’il y a quarante ans j’ai vu le premier Star Wars) et me retrouver dans une salle comble pour me voir racontée l’histoire du projet le plus WTF de l’histoire du cinéma de science-fiction, voire du cinéma tout court!

Déjà, rien qu’avec le titre, on sait qu’on va avoir droit à du lourd: Alejandro Jodorowsky – à l’époque auteur-acteur-réalisateur chilien à qui on doit un certain nombre de films tellement expérimentaux qu’en comparaison, Zardoz est une bluette commerciale – associé à l’œuvre mystico-mystique de Frank Herbert.

Ça, ce n’est que le début. Au fil du reportage, le name-dropping devient ahurissant: Mœbius, Dan O’Bannon, Chris Foss, H.R. Giger, Pink Floyd, Magma, David Carradine, Orson Welles, Amanda Lear, Mick Jagger et même Salvador Dali. Tous, selon les dires de « Jodo », avaient donné leur accord pour participer au film.

En introduction, on entend Jodorowsky affirmer, en substance (si je puis dire), que son intention était de faire un film qui soit comme une prise de LSD sans LSD, une œuvre capable d’ouvrir la conscience des spectateurs. C’est, littéralement, un projet hallucinant.

Ambitieux? Certainement. Cinglé? Sans doute pas mal, oui; en même temps, ce sont les années septante, une époque où si tu n’étais pas un minimum cinglé, tu n’essayais pas vraiment. Et, malgré tout, Jodo mène sa barque arrive avec un projet quasiment terminé – il ne lui manque que l’argent.

Vous vous en doutez: cet argent ne viendra pas. Le Dune de Jodorowsky ne verra jamais le jour, mais nombre de films semblent s’être inspirés du livre-parpaing que l’auteur et son producteur, Michel Seydoux, ont envoyé à tous les studios d’Hollywood. Au reste, on retrouve Dan O’Bannon, Mœbius, Foss et Giger au générique d’Alien, quelques années plus tard. Et Mœbius et Jodorowsky lancent L’Incal en y recyclant beaucoup des idées de Dune.

Pour cette histoire, ce documentaire est fascinant. C’est une plongée dans la tête de Jodorowsky d’une part et, d’autre part, dans une époque où ce genre de projet était considéré comme « un peu barré ». Pour ma part, j’étais tout fou de voir Pink Floyd et Magma à l’époque – niveau concerts, ça a pas mal changé.

Bon, Jodorowsky’s Dune, c’est quand même pas mal les souvenirs des acteurs de l’époque, plus de quarante ans après. Niveau fiabilité, on a vu mieux. Et il y a quand même beaucoup de coïncidences, genre « j’étais à cette soirée et paf! je tombe sur Mick Jagger! »

Je ne suis pas non plus très fan des sorties de Jodorowsky sur le fait qu’il faut « violer la mariée » pour avoir des enfants. Certes, d’une part je n’aime pas les enfants et, d’autre part, ça rejoint la citation de Dumas sur le viol de l’histoire, mais ce n’est pas le genre de suggestion que j’aime entendre.

J’imagine que c’est le genre de chose qui participe de la légende. Parce que oui, on parle ici d’un projet légendaire et, pour cela, ce documentaire est fascinant et mérite d’être vu. On peut même lui trouver un petit côté uchronique en imaginant l’impact d’un tel film s’il avait fini par être réalisé et diffusé – avant Star Wars ou Alien.

S’il passe dans une salle de cinéma ou dans un festival près de chez vous, courrez le voir! Malgré quelques déboires de distribution à sa sortie, il est également disponible en DVD et Blu-Ray – et il n’est pas impossible que l’AMDA récidive avec une projection au printemps prochain, à Lausanne.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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