Jour J, tomes 42, 43 et 44: Le Grand Secret

En cette année 1943, les États-Unis se préparent à accueillir une grande conférence pour la paix, entre la Grande-Bretagne et le Reich allemand. Mary Donaher, fonctionnaire au sein d’un obscur bureau gouvernemental américain, se lance alors sur les traces du Grand Secret qui donne son titre à cette trilogie de la série de bande dessinée uchronique Jour J.

J’avoue que ma première impression sur cette histoire a été quelque peu négative. Le fait est que la trame de base est à peu près celle du roman Fatherland, de Robert Harris, un classique de l’uchronie.

Dans les deux cas, les Nazis cachent à l’opinion publique le sort des populations juives d’Europe et ce secret pourrait pousser les USA à entrer en guerre.

Il y a aussi le fait qu’objectivement, l’idée que l’Allemagne arrache une trêve à l’Angleterre est aussi un des gros clichés de l’uchronie. Des chroniqueurs moins bien intentionnés que moi utiliseraient l’expression « Germanwank ».

En fait, cette histoire bénéficie d’une forme longue qui lui permet d’éviter l’écueil de beaucoup des histoires de la série Jour J. En trois tomes, elle permet de déployer une histoire ambitieuse qui emmène le lecteur de New York à Shanghai, voire plus.

Elle est également servie par un personnage central bien campé: Mary Kate Donaher. Ancienne journaliste qui a connu la Guerre d’Espagne, Robert Capa et Hemingway, fille d’Irlandais républicains, elle va aller jusqu’au bout pour faire éclater la vérité.

Le Grand Secret montre aussi l’influence massive des réseaux pro-allemands aux USA. Ceux qui ont vu la série Penny Dreadful: City of Angels le savent, mais c’est peut-être une surprise pour qui connaît mal l’histoire américaine.

Cela dit, les Allemands ne sont pas les seuls: entre les multiples mafias, le NKVD, une mystérieuse conspiration britannique et des individus de bonne volonté d’un peu partout, c’est un sacré sac de nœuds.

Comme souvent dans les séries uchroniques, le name-dropping est un jeu en soi. On croise dans ces pages un certain nombre des acteurs les plus connus de l’époque, mais aussi des figures de l’ombre, comme Kim Philby, Richard Sorge, Bugsy Siegel et Lucky Luciano. Ou un très jeune Henry Kissinger, avant qu’il ne devienne lui-même un criminel contre l’humanité.

Le duo Fred Duval / Jean-Pierre Pécau, assisté de Fred Blanchard, livre un scénario globalement solide. Au dessin, Brada propose un trait classique, mais qui colle bien à l’histoire. Les décors sont particulièrement soignés.

Si on oublie le côté « bateau » du point de départ, Le Grand Secret est une des bonnes histoires de la série Jour J. Ce n’est pas top-transcendant, mais c’est bien réalisé et les gens qui, contrairement à moi, ne sont pas des snobs de l’uchronie devraient apprécier.

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