Pain of Salvation: Road Salt Two

Après le dernier Anathema, on continue notre série des albums controversés de 2011 avec Road Salt Two, de Pain of Salvation. Controversé, parce que le moins qu’on puisse dire de la route prise par ce groupe suédois de métal progressif depuis Road Salt One l’année passée, c’est qu’elle ne plaît pas à tout le monde.

Sans suspens, cet album continue sur la même voie que le premier: un rock sudiste avec une grosse dose de blues, une musique râpeuse, crépusculaire, qui sent un mélange de route surchauffée, de sueur et de bière tiède. Bref, une musique qui n’a somme toute qu’un rapport très lointain avec le métal progressif des origines.

Pourtant, quelque chose change. La route reste rude, avec des bizarreries comme « Break Darling Break », mais peu à peu, on voit poindre, avec le bout de la route, le Pain of Salvation des origines, régénéré. Ça commence par des petites touches, comme le très étrange solo de guitare de « Eleven » ou les morceaux plus calmes, comme « Healing Now » ou « 1979 ».

Et puis, après le crépusculaire « Of Salt », a capella, vient « The Deeper Cut » et c’est le grand retour; certes, « Mortar Grind » est encore là pour faire gras, mais « Through the Distance » et « The Physics of Gridlock », à l’intro très orientalisante et au contenu bien plus progressif qu’un peu tout ce qui se présentait dans les deux albums, propose une sorte de conclusion de ce grand trip musical.

Pour moi, ce projet Road Salt est un voyage initiatique accompli par un groupe qui, à un moment, a décidé qu’il devait évoluer, se ressourcer. En un mot, changer. C’est difficile, le changement; c’est dangereux. Et pourtant, surtout dans un genre qui tend à tourner en rond et à s’appuyer autant sur un passé légendaire au point où ce passer finit lui aussi par peser sur lui (je vous ai déjà servi la citation de Nicolas Bouvier sur les racines qui deviennent un couvercle, vous  voyez ce que je veux dire), le changement est vital.

Road Salt Two, de même que son prédécesseur, sont à considérer à cette aune. Ceux qui y cherchent un successeur à Remedy Lane ou à Scarsick vont être déçus. C’est un album musicalement autobiographique d’un groupe qui ose évoluer et qui, en plus, a les moyens d’aller au bout de sa recherche. À la fin de ma chronique sur Linoleum, j’écrivais:

J’ai l’impression que Pain of Salvation s’est un peu perdu lui-même. Reste à voir s’il finira par se retrouver.

La réponse est là, éclatante: Pain of Salvation est de retour!

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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3 réponses

  1. Neoprog dit :

    Je suis assez d’accord, RS2 est un bel album, râpeux, bluesy, très rock sudiste, mais avec la touche de génie de Pain Of Salvation et la voix incomparable de Daniel.
    Je trouve que c’est une magnifique continuité de RS1, album qui m’a totalement convaincu malgré le virage pris par le groupe.
    Pain Of Salvation ne s’est pas perdu, il explore à chaque fois de nouveaux chemins, Scarsick était déjà un bon exemple du genre, et je suis content qu’il soit sortit de la période Remedy Lane ou One Hour By The Concrete Lake.
    Pour moi le groupe sort d’une puberté progressive boutonneuse pour atteindre une réelle maturité musicale.
    Bon pour l’instant je ne l’ai écouté que trois fois, il me faudra un peut plus de temps pour un avis définitif, mais Road salt Two est un très bon cru.

  2. Acritarche dit :

    Pain of Salvation est un groupe hautement intègre. Quel que soit le chemin musical qu’il emprunte, il le fait à fond. Malgré leurs différences, on sent dans chaque album la sincérité de la démarche, qu’on apprécie ou pas. C’est un groupe qui exige de ses auditeurs dans leur écoute au moins autant qu’il n’exige de lui-même dans sa création*.
    Je ne prétendrai pas tout aimé, mais je tire mon chapeau à chaque fois!

    *C’est d’ailleurs pour cela que Kristoffer est parti. Il n’arrivait plus à s’investir dans le nouveau chemin pris par PoS.

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