“Rue des Maléfices”, de Jacques Yonnet

C’est l’ami Loris qui, lors de notre dernier périple parisien, m’a passé Rue des Maléfices, unique livre de Jacques Yonnet. Pendant un petit mois, l’ouvrage a traîné sur mes étagères, où je lui jetais de temps à autre un œil torve, rendu méfiant par sa couverture pour roman noir de bas étage.

J’ai sans doute fait dans ma vie de plus grosses erreurs de jugement, mais je préfère ne pas m’en souvenir.

Car une fois ouvert, ce bouquin m’a happé en trois pages, guère plus. Entraîné dans un univers aussi exotique que familier: Paris. Oh, pas le Paris de ce début de IIIe millénaire, mais celui du milieu du XXe siècle, entre 1940 et 1966. Un Paris décrit par un amoureux de la ville qui, par nécessité autant que par curiosité, se retrouve à en explorer les quartiers populaires avec tout ce qu’il compte de mystères et de fantastique.

Tudieu quel voyage et quelle claque! On croirait un livre écrit par le père spirituel de Nicolas Bouvier, Jacques Bergier et Louis Pauwels: on y retrouve cette verve descriptive à la première personne et ses paysages et personnages si authentiques et pourtant si bizarres du premier et les pointes du réalisme fantastique des seconds (auteurs du Matin des Magiciens).

Ajoutez à cette alchimie (ha! ha!) une pointe de San-Antonio – encore un quasi-contemporain – pour l’argot de Paris, presque incompréhensible si on n’est pas vaguement habitué. J’avoue sans honte n’avoir compris trois mots sur quatre uniquement grâce au contexte.

Le mélange entre des faits réels – Yonnet a été résistant pendant l’occupation allemande – et des évènements décrits comme tels, mais si improbable qu’on en vient à douter de tout, est la principale force de ce bouquin. Sa galerie de personnages – prostituées, tenanciers de bars, bandits, flics et autres gitans – aussi.

Plus encore d’un ouvrage à la langue magnifique, c’est une inspiration majeure pour tous ceux – rôlistes et autres – qui s’intéressent à la période (au sens large), au lieu ou au fantastique urbain. C’est d’une superbe ressource pour du pulp, par exemple, mais on peut aisément adapter les éléments qui y sont présentés dans tout univers urbain (Nightprowler) ou pour du contemporain, fantastique ou non.

La quatrième de couverture affirme que Raymond Queneau tenait Rue des Maléfices comme le plus grand livre jamais écrit sur Paris. Je ne suis pas loin de lui donner raison – ne serait-ce que parce qu’on ne contredit pas Raymond Queneau. Ces “Chroniques secrètes d’une ville” forment un ouvrage envoûtant; ce n’est pas pour rien que son premier titre était Enchantements sur Paris!

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