San-Antonio chez les Gones

San-Antonio chez les Gones

Moi, vous me connaissez? Je suis fan de San-Antonio depuis des temps immémoriaux – comme le prouve d’ailleurs cette introduction. Du coup, quand on m’annonce une adaptation en bande dessinée de San-Antonio chez les Gones, un des romans de la “grande époque” (1962, pour être précis), je m’intéresse. Et je me méfie, aussi.

Des adaptations en BD de San-Antonio, il y en a déjà eu. J’en ai lu quelques-unes et je ne crois pas qu’il soit exagéré de les qualifier de médiocres. Il faut dire que le matériau d’origine est assez impressionnant et qu’il est clairement taillé pour le média texte. Le retranscrire dans un autre format est un exercice que je qualifierais de périlleux, voire suicidaire.

C’est Mickaël Sanlaville, à qui on doit entre autres la série Lastman, qui s’est lancé dans l’aventure, bille en tête. C’est un fan – il l’explique d’ailleurs dans une petite BD d’une page à la fin du volume – et ça se sent. À mon avis, c’est préférable: San-Antonio ne s’appréhende pas avec un esprit rationnel.

Et je dois avouer que, dans les grandes lignes, le contrat est rempli. Il y a d’abord un trait assez particulier, pas très marqué et avec des couleurs un peu pastel, mais très dynamique. Il y a aussi des personnages bien campés. San-Antonio lui-même est très crédible en flic beau gosse et viril, Bérurier est plus vrai que nature – peut-être un peu trop grand, San-A fait figure de demi-portion à côté.

On retrouve l’humour des bouquins, surtout dans les performances de Bérurier et les répliques pas piquées de hannetons, ainsi que dans le côté tordu des intrigues – ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes, j’y reviendrai plus bas.

Je suis par contre plus perplexe sur le contexte: j’ai l’impression d’avoir affaire à un condensé de ces cinquante dernières années, une sorte de “France éternelle” qui fait autant référence aux Trente Glorieuses qu’à une époque plus contemporaine.

Je soupçonne que c’est un choix de l’auteur, mais ça donne une ambiance un peu bizarre, comme si on était dans un décor de cinéma reconstitué un siècle plus tard par des producteurs peu respectueux de la réalité historique. Genre, les gens sont habillés comme dans les années 1950, personne n’a de téléphone portable, mais il y a des ordinateurs sur les bureaux et des gens qui portent des crocs.

Je trouve aussi que la dimension textuelle de l’auteur-narrateur est un peu en retrait par rapport aux romans. Une des caractéristiques majeures des San-Antonio, c’est ce narrateur qui apostrophe le lecteur sans ménagement. On retrouve cet élément dans la BD, mais pas systématiquement et, du coup, quand ça apparaît, ça ne paraît pas toujours cohérent. Il y a aussi quelques acrobaties de langage qui passent bizarrement en format BD.

Un autre défaut, inhérent à l’histoire, c’est que le San-A se fait balader à gauche et à droite tout au long de l’histoire et peine à en attacher tous les bouts, pour finir par tout résoudre dans les trois dernières pages. Pour un premier tome censé présenter le héros, ce n’est pas idéal. Mais c’est un détail et, là encore, c’est pas mal raccord avec l’histoire.

L’un dans l’autre, j’ai trouvé ce San-Antonio chez les Gones plutôt convaincant. Ce n’est pas parfait, mais pour un premier essai, c’est vraiment pas mal. À première vue, il s’agit d’un tome 1, donc on peut attendre d’autres adaptations, Après, San-Antonio, c’est de l’ordre de 200 bouquins et avec des contenus pas toujours adaptés à ce XXIe siècle – borderline raciste et sexiste – donc je suppose qu’il va y avoir du tri.

Même si on ne prend que les 10% les meilleurs, ça fait de quoi voir venir!


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Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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