“Someone Comes to Town, Someone Leaves Town”, de Cory Doctorow

Whoa. Après les deux précédents ouvrages de Cory Doctorow précédemment chroniqués ces derniers jours (Down and Out in the Magic Kingdom et Eastern Standard Tribe), Someone Comes to Town, Someone Leaves Town est un sacré changement! D’une part, en comparaison, c’est un pavé de 320 pages écrites en petits caractères et, d’autre part, l’accent fantastique du récit a de quoi surprendre.

Le protagoniste principal – appelons-le Alan, Abel, Arnold ou Andreas – vient d’emménager dans sa nouvelle maison, au cœur du quartier de Kensington Market, à Toronto et fait connaissance avec ses nouveaux voisins, tous plus bizarres les uns que les autres. Ce qui ne lui pose pas de problème particulier, lui-même étant le fils d’une montagne et d’une machine à laver et ayant pour frères un prescient, une île et trois poupées russes.

Les choses deviennent plus compliquées lorsqu’un autre frère – celui que les cinq autres croyaient avoir tué il y a des années – semble être revenu d’entre les morts et commence à pourrir la vie d’Alan et de ceux qui l’entourent. Quand je dis “compliquées”, ce n’est que le prénom! Car, pour ne rien arranger, Alan se lance dans un Plan Génial pour mettre au point un réseau Wifi communautaire et gratuit qui, à terme, doit couvrir tout la métropole.

Tout ceci pour dire que, pour sa première incursion dans le genre fantastique urbain, Cory Doctorow n’a pas choisi la facilité et c’est un peu dommage. On pourrait dire qu’il y aurait là matière à deux ouvrages: un roman de pur fantastique urbain à la Neil Gaiman et un techno-thriller anarcho-alternatif, mais ce ne seraient pas de très bons livres: les trames n’ont que peu de réel intérêt en elles-mêmes, c’est la conjonction des deux éléments qui donne son intérêt à l’ouvrage.

Là où c’est dommage, c’est que cette astuce scénaristique est en même temps le point fort et, à mon avis, le point faible de l’ouvrage. Je peux voir clairement que le point fort de l’histoire est précisément cette opposition entre ce qui se déroule dans le monde contemporain et les événements qui découlent de la nature surntaurelle (au sens large du terme) d’Alan et de ces frères (entre autres personnages). Le problème est que cela rend la narration d’autant plus confuse que Doctorow multiplie les acrobaties stylistiques, à commencer par les prénoms aléatoires des six frères et la multiplication des flash-backs.

Cela ne fait heureusement pas de Someone Comes to Town, Someone Leaves Town un mauvais roman. Il est juste difficile à suivre et confus. Je soupçonne que c’est en partie voulu: la nature réelle d’Alan et de sa famille n’est jamais clairement révélée et un certain nombre de choses restent en suspens à la fin du livre, sans que l’on sache réellement si c’est du lard ou du cochon.

Au final, ce n’est pas très important. Non pas parce qu’on en arrive au point qu’on attend juste que le livre se termine pour pouvoir passer à un suivant que l’on espère meilleur, mais parce que le problématique centrale du livre est ailleurs. Comme souvent, dans les livres de Cory Doctorow, c’est l’interaction des personnages avec le reste de l’univers – la place qu’ils y occupent ou qu’ils s’y font – et entre eux qui est importante. Ce dernier point est d’ailleurs une nouveauté bienvenue: on a enfin des personnages qui ne paraissent pas bidimensionnels.

Someone Comes to Town, Someone Leaves Town (qui est également disponible gratuitement, en licence Creative Commons, sur son site) n’est à mon avis pas le meilleur livre de Cory Doctorow, mais c’est un des plus originaux. Je le vois un peu comme une sorte d’expérimentation, qui lui permet de découvrir d’autres routes et d’essayer d’autres styles narratifs – pas toujours pour le mieux, mais c’est en essayant de ce genre de choses qu’un auteur évolue, je suppose.

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