"The Stars Are Legion", de Kameron Hurley

“The Stars Are Legion”, de Kameron Hurley

La Légion est un assemblage de vaisseaux-mondes qui naviguent aux confins de l’univers et qui sont en guerre les uns avec les autres pour récupérer les précieuses ressources qui permettront aux gagnants de survivre. The Stars are Legion, de Kameron Hurley, raconte comment deux femmes, Zan et Jayd, vont tenter de sauver ce qui peut l’être. Peut-être.

Je tiens à vous prévenir tout de suite: The Stars Are Legion fait partie de ces romans barrés qui vous retournent la tête. Jusqu’au malaise, dans le cas présent. Il m’a été recommandé à la fois par Ars Technica et par Gromovar (enfin, “à la fois” signifiant juste que j’avais sauvegardé l’article de Grom’ en ayant oublié l’avoir déjà fait avec celui de Ars) et leur enthousiasme est justifié: c’est original, enlevé, avec des personnages cohérents.

À la base, il y a une histoire solide: Zan est une combattante qui semble être la clé pour accéder à un des vaisseaux-mondes mythiques, mais elle a perdu la mémoire. Jayd commandante en second d’un de ces vaisseaux et elle accepte d’épouser la souveraine d’un vaisseau rival; toutes deux ont ourdi un plan, mais entre le machiavélisme de l’une et les problèmes de l’autre, qui peut dire qui trahit l’autre?

Là-dessus se greffe une ahurissante odyssée, qui voit Zan être précipitée dans les tréfonds du vaisseau et en revenir au terme de ce qui s’apparente beaucoup à une remontée des Enfers. Il y a un côté épique classique dans cette partie de la narration: une chute/mort suivie d’une remontée/renaissance, où la protagoniste revient accompagnée par des suivants glanés au fil des aventures.

Le point-clé du contexte de The Stars Are Legion, c’est que les vaisseaux sont en grande partie composés de matière organique et que les autres mondes et ses habitantes – toutes des femmes – sont autant de ressources pour retarder leur déclin. Écorcher un vaisseau-monde et recycler ses habitants, c’est normal.

Et, comme si ce n’était pas assez dérangeant, le roman s’attarde la notion de maternité: les utérus sont eux aussi des ressources, qui parfois donnent naissance à des monstres, souvent à des pièces détachées pour le vaisseau (ou à de la nourriture), plus rarement à des personnes – ou plus.

Dans le monde de The Stars Are Legion, il ne semble y avoir plus d’humanité, juste des ressources. Et, malgré tout, des liens se nouent: amitié, fidélité, désir, amour. D’ailleurs, les personnages sont rarement décrits et s’ils semblent humanoïdes, rien n’indique que ce sont réellement des humains.

Une grande partie de la force de ce roman, c’est la manière dont il joue sur les notions d’étrangeté et de familiarité. Pour le lecteur, surtout, mais aussi pour les personnages, qui vont également découvrir l’altérité: Zan et son passé, Jayd et le prix à payer pour que son plan fonctionne, les voyageurs qui découvrent des couches superposées de civilisations qui se croisent rarement dans les tréfonds des vaisseaux-monde (ce qui me rappelle un peu Matter de Iain Banks).

Évidemment, cette étrangeté ne va pas plaire à tout le monde. Certains passages m’ont amené au bord de la nausée et, de façon générale, c’est une plongée dans un monde organique et, souvent, en pleine déliquescence. Et puis les narrations croisées apportent parfois une confusion superflue. Il est difficile de voir où l’autrice souhaitait aller avec toutes les péripéties de Zan, que j’ai parfois trouvées longuettes.

The Stars Are Legion est un roman impressionnant – annoncé en français prochainement – et que je conseille à tous ceux qui cherchent une science-fiction qui sorte des sentiers battus. Mais prévoyez peut-être des bottes d’égoutiers, du coup: on ne sait pas trop dans quoi on marche.

Outre ceux de Gromovar et d’Ars, cités plus haut, un autre avis en français chez Blog-O-Livre (il me semble que j’en avais vus d’autres, mais je ne les retrouve pas).

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