"La Ballade de Fronin", d'Étienne Bar

“La Ballade de Fronin”, d’Étienne Bar

Un jeune noble exilé par son père qui rejoint un groupe de forbans au grand cœur, un monde d’archipels avec des dragons, de la magie, des nains, des elfes et un méchant empire: dit comme ça, La Ballade de Fronin, roman d’Étienne Bar, ressemble à un gros mélange d’influences mal digérées – pour ne pas dire de clichés. Ce n’est pas tout à fait exact.

Comme son nom l’indique, La Ballade de Fronin suit donc un jeune homme, cadet d’une impressionnante fratrie et exilé par son tyran de père, que sa mère confie au bon soin d’un navire de Libreterre, île dont elle est originaire. Difficile de faire contraste plus fort entre Borêne, la nation belliciste et puritaine où il est né, et Libreterre au mode de vie très, disons, ouvert.

Certains de mes contacts ont qualifié, en plaisantant, l’univers des Folandes, où se déroule cette histoire, comme de la “Mai-68 Fantasy”: mœurs libérées, villages autogérés, société sans monnaie, magiciens qui parlent aux animaux, végétarianisme, etc. Bon, en tant qu’auteur de “Mai-68 SF,” c’est loin de me déranger – on ne va pas se mentir: c’est même ça qui m’a incité à lire ces romans.

L’autre particularité de cet univers, c’est de mettre en avant une confrérie, les Édrulains, qui cherche à lutter contre les différents empêcheurs de vivre en paix – nations militaristes, nobliaux tyranniques, peuples agressifs et autres religieux corrompus – en usant du moins de violence possible, voire pas du tout si possible.

Les Édrulains sont des courtisans, des espions, des agents provocateurs et, seulement quand c’est absolument nécessaire, des combattants. Bon, entre les hommes-loups, les hommes-chats et les taurins, il y a quand même une belle brochette de bourrins, mais ils ne forment pas vraiment une armée

J’aime beaucoup l’idée et Étienne Bar a réussi à mettre sur pied un monde plutôt cohérent où une telle utopie apparaît suffisamment crédible pour qu’on n’y regarde pas trop sous le nez. Le fait que l’histoire se concentre sur des personnages complexes et sympathiques aide aussi beaucoup. Le principe de faire des histoires épiques en évitant un maximum les grandes batailles l’épée au clair est solide.

Ceci posé, il y a quand même des trucs qui me gênent un peu. D’abord, pour un bouquin qui s’appelle La Ballade de Fronin, le Fronin en question laisse quand même souvent sa place de narrateurs à d’autres personnages. Pas que le changement de point de vue soit désagréable, mais il casse un peu l’ambiance, surtout la longue partie autour de Néalanne.

Un autre problème, c’est la multiplication de noms qui se ressemblent beaucoup – Néalanne, Ledane, Ladorne, Lodrel et autres – et qui, si on n’est pas un minimum attentif, peuvent provoquer des confusions ennuyeuses.

Un autre aspect qui m’ennuie un peu, c’est que l’ensemble est quand même bien sérieux. C’est très personnel, mais j’aurais aimé voir un peu plus de légèreté, d’humour et de pas-sérieusitude dans ce texte. C’est un peu le péché capital de la fantasy, de mon point de vue: serious business is serious. Dit en termes de rôlistes, ça manque de fumbles.

Ce ne sont pas des gros défauts. Personnellement, j’ai beaucoup aimé la lecture de ce tome – reçu à la suite du financement participatif pour le jeu de rôle qui en est tiré, Friponnes. D’ailleurs, en parlant de jeu de rôle, les mœurs libreterrannes me rappellent beaucoup celles des Eyldar de Tigres Volants / Erdorin ; ceci explique sans doute en partie mon engouement.

La Ballade de Fronin a une suite, Face aux démons, que je suis en train de lire. Je vous en reparlerai – oh, sans doute l’année prochaine.

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