Blake et Mortimer: Le Cri du Moloch

Eh oui, encore un Blake et Mortimer! Un peu moins d’un an après le deuxième tome de La Vallée des Immortels, voici Le Cri du Moloch, qui conclut l’histoire lancée par L’Onde Septimus, lui-même suite du légendaire La Marque Jaune.

Posons déjà la base: Blake et Mortimer, c’est de la bande dessinée à l’ancienne. Un trait « ligne claire » ultra-classique, des narrations kilométriques qui, souvent, dupliquent l’action de la case et une histoire aux accents pulls pas toujours très bien assumés. Faut aimer. Moi, je suis un peu né avec, ou peu s’en faut.

Le Cri du Moloch rebondit sur la présence du vaisseau extra-terrestre sous Londres, surnommé Orpheus. Un vaisseau venu en éclaireur pour une force d’invasion, mais pas tout seul. Et, du coup, il y a un extra-terrestre survivant, le Moloch. Et ça ne va pas se passer très bien.

Je vais être honnête, je m’attendais à pire. D’abord, parce que le précédent tome des aventures de Blake et Mortimer était très moyen, pour dire le moins. Ensuite, parce qu’il fait suite à un autre album semi-médiocre.

Quelque part, j’ai l’impression que le peak-WTF est passé dans L’Onde Septimus et que Le Cri du Moloch se contente de dérouler sur cette lancée. Dit autrement, passé le choc de l’épisode précédent, le reste est plus supportable.

Il reste encore quelques scories franchement douteuses, avec des scènes d’actions très moyennes et des choix graphiques très discutables dans la taille des phylactères et des textes qu’ils contiennent. Tout ceci donne à cet album un côté un peu « amateur », par moments.

Cela dit, il y a aussi des bonnes idées. D’abord, l’idée de présenter les protagonistes comme des personnalités plus complexes. Le capitaine Francis Blake doit batailler contre des conspirations politiques qui cherchent à le discréditer, puis à la Raison d’État. Quant au professeur Philip Mortimer, il doit faire des choix pas toujours faciles entre la curiosité scientifique et l’éthique. Et on a également Olrik presque à contre-emploi.

Et puis l’intrigue de base, malgré son côté fumé, est réalisée avec intérêt. La traque de certains des commanditaires de tout le bazar est plutôt bien amenée et l’affrontement avec le Moloch est bien foutu.

Je réitère ce que je disais de L’Onde Septimus: cette histoire a un petit côté « La Laverie 1950 », avec Winston Churchill aux commandes qui s’amuserait sans doute beaucoup à ressusciter le SOE pour s’occuper des tracasseries inhabituelles (invasions extra-terrestres, malédictions égyptiennes, super-agents malveillants, la routine).

Cependant, si Le Cri du Moloch est dans l’ensemble agréable à lire, il me laisse aussi un net sentiment d’occasion manquée. Quelque part, je me dis qu’il faudrait carrément rebooter la série Blake et Mortimer, mettre à plat un certain nombre de trucs qui tiennent pas debout et en relier d’autres. Un Blake-et-Mortiverse, en quelque sorte (heureusement que Blake ne s’appelle pas Richard).

Mais bon, pour une série qui a plus de septante ans, il ne faut peut-être pas trop en demander, non plus.

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5 réflexions au sujet de “Blake et Mortimer: Le Cri du Moloch”

  1. ça commence à faire beaucoup d’occasions manquées avec ces nouveaux Blake et Mortimer. Si bien que je laisse tomber. Autant se relire les anciens ou d’autres séries. L’hommage c’est bien mais à un moment, il faudrait que ces scénaristes et dessinateurs vivent avec leurs propres histoires sans ce carcan perpétuel du modèle dans ces suites (Asterix, Lucky Luke, Blake et Mortimer ou autre…)
    J’attends impatiemment Les Schroumphs Vs Johan et Pirlouit

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  2. Ou alors peut-être qu’il faut laisser Blake et Mortimer tranquille, à leur place dans une époque révolue, et passer à autre chose ? ^^

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  3. Peut-être aussi. Mais je pense surtout qu’on peut justifier beaucoup de décisions artistiques pour peu qu’on ne fasse pas de la merde derrière.

    Pas que cet album soit de la merde, mais il reste très très loin des standards de l’époque, comme La Marque Jaune. Même en retirant le fait qu’il a été publié pour la première fois en 1953-54. Et c’est aggravé par ce respect dogmatique des pires travers de la BD de Jacobs, le côté “show AND tell”.

    Je reste persuadé qu’il y aurait moyen de faire des BD “Blake et Mortimer” qui à la fois respectent l’œuvre originale et l’adaptent aux standards de la narration séquentielle contemporaine.

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  4. On pourrait en faire une série animée destinée à un public adolescent, en gardant les éléments pulps mais en y mêlant aussi les relations familiales des deux héros et un questionnement sur les responsabilités.
    On appellerait ça “Blake et Morty”.

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