« Hot Earth Dreams », de Frank Landis

Imaginons que le changement climatique est réel. Non, je déconne. Mais imagine quand même. Imagine que, dans un siècle, l’humanité a cramé toute l’énergie fossile. Il se passe quoi? C’est le concept de Hot Earth Dreams, de Frank Landis.

À l’origine, j’avais entendu parler de Hot Earth Dreams, dans un article qui, il me semble, était paru sur BoingBoing il y a trois ou quatre ans et qui a disparu suite à une des inexplicables purges du site. Ce n’est pas très important.

Hot Earth Dreams est un ouvrage que l’auteur, Frank Landis, docteur en écologie (la science, pas la politique), qualifie de vulgarisation scientifique. Je dirais que c’est littéralement de la science-fiction, parce que ça parle d’un avenir potentiel et que ça se base beaucoup sur de la science.

Par contre, ce n’est pas un roman. L’auteur est un passionné de world-building. Il a voulu imaginer, d’une façon plutôt documentaire, à quoi ressemblerait l’humanité pendant les 400 000 ans suivant un changement climatique majeur. Pourquoi cette durée? Parce que c’est le temps que mettrait la planète, en partant d’un rejet maximum de CO2 dans l’atmosphère, pour revenir aux niveaux des débuts du XXe siècle.

Frank Landis part d’une hypothèse pessimiste, mais crédible: notre civilisation ne fera absolument rien pour contrer la montée des taux de CO2 dans l’atmosphère, voire aggraveront les chose en tentant d’appliquer des solutions technologiques au problème. Il pose néanmoins une limite à son pessimisme: l’humanité survivra. Ce n’est pas entièrement évident.

Si, comme moi, vous êtes relativement imperméable aux explications scientifiques un chouïa complexes, il y a des passages qui risquent d’être pénibles. Pas beaucoup, mais il y en a. Si, par contre, vous êtes du genre pointu sur le sujet du réchauffement climatique, il y a des bouts qui risquent de vous sembler un peu légers.

D’une part, Frank Landis n’est pas un expert dans le domaine. C’est avant tout un écologiste, mais il s’est pas mal documenté sur le sujet. Il n’est cependant pas infaillible. D’autre part, Hot Earth Dreams a été publié en 2015 et pas mal de choses ont changé depuis. À commencer par, disons, les derniers dix-huit mois.

Cela dit, il y a beaucoup d’éléments très intéressants dans cet ouvrage. Il démolit déjà un certain nombre d’idées reçues du post-apo. Genre, non, la civilisation ne va pas régresser jusqu’au Moyen-Âge; il y a des technologies modernes qui vont survivre – juste pas forcément celles à laquelle on s’attend.

Il pose aussi que la plus grande menace pour notre civilisation, c’est notre interdépendance. Oui, comme dans le bouquin de Scalzi – ça alors, quelle coïncidence!

La plupart de nos objets de tous les jours – électronique, mais aussi livres, agriculture et construction – dépendent de longues chaînes logistiques qu’il est quasiment impossible de reproduire localement. Ou de processus qui demandent beaucoup d’énergie, énergie qui sera forcément très limitée une fois tous les carburants fossiles dépensés.

Le souci, c’est qu’une fois ces chaînes logistiques brisées, il risque d’y avoir un effet domino brutal. Citant Charles Stross, l’auteur parle de « SFPD »: systems fail, people die (les systèmes se plantent, des gens meurent). Il table sur une réduction de la population humaine de l’ordre de 90 à 97%. En quelques décennies. Oui, ça pique.

Au passage, Frank Landis s’amuse pas mal avec les références geeks. Ça n’en est pas blindé non plus, mais il y en a quelques-unes. Il y en a même une involontaire: une référence à un mycologue américain nommé Paul Stamets, deux ans avant la sortie de Star Trek: Discovery.

Au final, Hot Earth Dreams est un livre qui intéressera sans doute les personnes qui s’intéressent à tout ce qui est world-building autour des thèmes du changement climatique – le « climatepunk ». C’est assez restreint, comme public.

Pour ne rien arranger, il n’est disponible qu’en anglais et auto-édité. L’édition est franchement spartiate et pas dénuée de problèmes typographiques (mineurs, mais agaçants quand on est graphiste).

Disons que ce bouquin est très intéressant, mais il est somme toute assez ardu à lire. Son approche « voyons ce qui va se passer dans les 400 000 prochaines années » est à la fois très large et très spécifique.

Si le sujet vous intéresse, Hot Earth Dreams contient beaucoup d’idées passionnantes et très réutilisables.

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2 réflexions au sujet de “« Hot Earth Dreams », de Frank Landis”

  1. Je suis clairement le public-cible, mais vu ce que tu dis, mon anglais suffirait pas à apprécier.

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