L’âme des objets inanimés

Parmi la myriade d’objets qui, au cours de mon déménagement, ont fini à la benne, l’un d’entre eux m’a occasionné un petit pincement au cœur: mon vieux ghettoblaster, un Sharp WQ-T354.

Ceux qui me connaissent depuis longtemps se rappelleront peut-être m’avoir vu en convention avec cet énorme machin au look asymétrique, moitié paravent de jeu, moitié machine à faire du bruit sauvage.

Ce truc a vu des blindes de kilomètres: je l’ai emmené dans un peu toutes les conventions que j’ai faites entre la fin des années 1980 et le début des années 2000, y compris aux séjour ludique des Bayards, à Rêve de Jeu, jusqu’au Salon de la Maquette et des Jeux de Réflexion de Paris.

Seulement voilà, les temps ont changé: les cassettes ont laissé la place aux CD, puis aux fichiers numériques sur baladeur, puis sur téléphone portable; les hauts-parleurs sont devenus sans fil et tiennent dans une poche.

Surtout, ça fait longtemps que j’ai arrêté de sonoriser mes parties. Principalement parce que je me suis aperçu que mes joueurs n’écoutaient pas – ou, au contraire, écoutaient plus la musique que moi – et qu’au final, c’était plus une distraction qu’autre chose.

Acheté il y a trente ans dans une boutique de Lausanne qui n’existe aujourd’hui plus, le ghettoblaster prenait depuis quinze ans la poussière sur une étagère. Oh, je pense qu’il fonctionnait encore, mais il est juste devenu obsolète, tant au niveau de la technologie que de l’usage.

Alors oui, quelque part, on peut dire que les objets sont juste des objets, mais je pense aussi que certains peuvent avoir une âme. Oh, pas leur sienne propre – encore que… – mais plus une portion de celle de leur(s) propriétaire(s). C’est pour cela que ça fait un peu mal quand on s’en sépare.

En fait, je me dis que laisser des objets acquérir une partie de l’âme de leurs propriétaires est aussi un moyen de lutter contre l’obsolescence programmée. Si on s’y est ainsi attaché, on aura plus tendance à vouloir les faire durer, les réparer et les entretenir que sin on n’y voit qu’on bidule jetable.

À l’heure où j’écris ces lignes, mon fidèle compagnon est dans une caisse en bois, dans un centre de recyclage, sous un tas d’autres appareils électroniques. J’espère que, demain ou plus tard, une partie de ses composants pourront retrouver le chemin d’autres appareils.

Une sorte de cercle vertueux de la réincarnation.

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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5 réponses

  1. François dit :

    Goodbye, good old faithful ghettoblaster! C’est vrai qu’on s’est pas mal connus.
    François Articles récents…FinMy Profile

  2. Oui il y a une âme dans le sens où ils représentent des souvenirs, comme mon premier radiocassette, la mini-chaîne de ma piole d’étudiant…. Et tant d’autres objets anodins mais pas tant que ça dans notre mémoire
    Il y a ceux attachés à nos parents aussi. 🙁
    Didier A. (Iceman) Articles récents…Santé : Règles vol.2My Profile

  3. location de salle Paris dit :

    J’ai moi aussi un peu mal au cœur quand je retrouve un de mes anciens appareils et que je doive m’en débarrasser. Je me rappel surtout lors de mon premier déménagement. Il a fallu que je me sépare de ma vieille télévision noir et blanc. Tout cela me rend nostalgique.

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