« 88 Names », de Matt Ruff

John Chu est un sherpa – mais, dans cet avenir très proche, le terme désigne ceux qui accompagnent des joueurs dans des mondes virtuels. La chose n’est pas toujours bien vue par les éditeurs de jeu et, quand commence 88 Names, de Matt Ruff, John n’a plus que quatre-vingt huit noms pour des personnages.

De Matt Ruff, j’avais lu – et beaucoup apprécié – The Mirage. Ici, il se lance dans une histoire plus classique, autour de la notion de jeux de rôle multi-joueurs en ligne. Les fameux MMORPG, ou « meuporgues » pour reprendre un terme devenu culte.

Le narrateur-protagoniste est un jeune homme qui gagne donc sa vie comme « sherpa », accompagnant des joueurs prêts à dépenser de l’argent pour accélérer le développements de leurs personnages dans les univers virtuels. Parfois, ce sont aussi des gens qui cherchent à découvrir ces mondes numériques.

C’est le cas du client qui, au début de 88 Names, contacte John. Un client qui se présente comme « Mr Smith », qui dit travailler pour un « Mr Jones ». Assez rapidement, John se rend compte qu’il y a quelque chose de vraiment bizarre chez ce client et il finit par se demander s’il n’a pas à faire à un gros bonnet de Corée du Nord.

Mondes virtuels, géopolitique, espionnage, plus les bizarreries du régime nord-coréen et de ses dirigeants aussi dangereux que fantasques: les ingrédients sont alléchants. Mais, au final, j’ai trouvé 88 Names un peu décevant.

Globalement, l’histoire est intéressante à suivre. Si John est un peu trop normcore à mon avis, son équipe est formée de personnages attachants et les jeux dans lesquels ils évoluent sont très bien décrits, avec juste le bon mélange entre sense of wonder et problèmes techniques très terre-à-terre. Et la trame principale est plutôt prenante, avec un twist final plutôt malin.

Si beaucoup des références sont transparentes pour ceux qui connaissent un peu le milieu des jeux massivement multijoueurs (je veux dire, la compagnie qui a créé le jeu le plus joué au monde s’appelle Tempest…), il y a beaucoup de très bonnes idées: les « griefers » qui viennent pourrir les parties, le langage de programmation pour cybersexe, le jeu sur les avatars, etc.

C’est juste que j’ai l’impression qu’il manque singulièrement du fond dans cette histoire. D’une part, pour un jeu qui est censé se dérouler 15-20 ans dans l’avenir, des enjeux comme le changement climatique sont singulièrement absents. Des ouvrages plus anciens sur le même thème, comme Halting State ou For the Win (sans même parler de Stealing Worlds), me semblent plus crédibles sur ce point.

D’autre part, si effectivement des questions d’identité virtuelle sont abordées, ça me semble être passablement superficiel. Et, ce qui est plus embêtant, c’est parfois abordé de façon qui me semble peu subtile – principalement par des longs monologues intérieurs du narrateur.

Disons que, pour un roman recommandé – une fois de plus – par Cory Doctorow (alors encore sur BoingBoing), je m’attendais à quelque chose d’un peu plus développé.

Cela dit, en l’état, 88 Names est plutôt sympa. Je ne me suis pas ennuyé à la lecture et il a son lot de bonnes idées et Matt Ruff a une maîtrise certaine pour l’évocation de visuels époustouflants. J’aurais juste préféré plus de substance pour aller avec le style.

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