Amsterdam Red Light City District

Et si on essayait une sexualité sans violence?

Vous avez peut-être vu passer… non, ce n’est pas le meilleur terme. Reprenons: vous avez certainement vu passer, sur divers réseaux sociaux, les hashtags #moiaussi/#metoo ou #balancetonporc où de nombreuses, très nombreuses, trop nombreuses femmes parlaient des agressions sexuelles qu’elles ont subies.

Je n’ai pas forcément envie de gloser sur le sujet, parce que ce n’est pas ma place, sinon pour dire que si je me doutais que le phénomène était plus répandu qu’on le dit, j’ai été effaré par la proportion de personnes parmi mes contacts qui l’ont affiché.

Au milieu de tous ces témoignages, j’ai vu passer un essai venu du blog Crêpe georgette intitulé Du serial lover au serial rapist ; comprendre la sexualité pour comprendre les violences sexuelles. Son contenu est presque aussi glaçant: si on regarde la sexualité (en Occident, tout du moins), elle est intimement – sans jeu de mot liée – à la violence.

L’exemple le plus parlant est sans doute celui-ci:

« Baiser quelqu’un » désigne à la fois le fait de pénétrer une femme (une femme ne baise pas les hommes dans le langage courant, elle est baisée) et le fait de piéger quelqu’un. Dans une société où le sexe ne serait que source de plaisirs et de joies, « se faire baiser » devrait être synonyme d’une situation très agréable.

La conclusion de l’autrice est la suivante: “Il y a un continuum entre la sexualité, au moins hétérosexuelle, et les violences sexuelles” et ce continuum est particulièrement visible quand on étudie le langage utilisé pour parler de sexe et ce qu’il désigne également en langage imagé.

Hormis le fait que cette théorie devrait être très sérieusement étudiée dans le Vrai Monde Réel Qui Existe, à mon niveau d’auteur de science-fiction, ça m’a fait pas mal penser à la question d’une société – mettons, d’elfes pansexuels de l’espace – qui ne serait pas construite sur un modèle de sexualité violente par essence.

C’est quelque chose auquel j’avais déjà commencé à réfléchir instinctivement, en imaginant pour les personnages des diverses fictions de l’univers d’Erdorin quelles pourraient être leurs invectives, insultes et autres jurons.

Les termes homophobes, par exemple, n’ont pas de sens dans une culture où la bisexualité est la norme, encore moins si le sexe est considéré comme une activité sociale au même niveau que l’apéro du samedi soir ou une partie de jeu de rôle. Du coup, on remarque qu’en effet, une fois épurés du vocabulaire ordurier tous les termes qui ont trait à la sexualité, il ne reste plus grand-chose.

Du coup, la réalité de la théorie sus-mentionnée apparaît en creux. Et, quelque part, quand on crée un univers et des sociétés, imaginer quels sont ses tabous est un bon outil pour comprendre comment elle se construit.

C’est ainsi que, dans Irrwisch Terminal, j’ai écrit une scène où le personnage principal, en communication avec un de ses subordonnés, a l’échange suivant:

Je questionne dans le désordre ses compétences, son hérédité et ses habitudes alimentaires, ce à quoi il répond qu’il mangerait plus sainement si je n’avais pas des pratiques douteuses avec le bétail des environs

Le subordonné en question lançant une pique sexuelle, il est probablement de culture terrienne, à une ou deux vaches près, et le protagoniste connaît suffisamment bien cette culture pour ne pas s’en offusquer. Les insultes tournent plus autour de la compétence et de la question de la famille, importante dans une culture organisée en clans plus ou moins inféodés.

Peut-être que, dans une ou douze générations, des gens vont retomber sur Erdorin et ses différents textes et vont se demander en quoi des peuples qui couchent ensemble dans la joie et la bonne humeur, c’est de la science-fiction. On me lira comme on lit aujourd’hui du Doc Smith ou les premiers Heinlein – en moins connu – en se disant que le début du XXIe siècle, c’était vraiment chelou.

Ça serait cool, je trouve.

(Image: Amsterdam Red Light City District, image sous licence CC0)

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