Peste et choléra, deuxième round

Bulletin de vote

Comme si le choix pour le premier tour de l’élection présidentielle française n’avait pas été assez difficile, voici le deuxième qui arrive, avec un choix entre une fasciste à peine déguisée et un ultralibéral ex-socialiste devenu la coqueluche des médias – et du patronat.

Il y a des fois où je comprends Spider Jerusalem.

J’avoue que, pendant un moment, j’ai songé à passer mon (deuxième) tour. En plus, j’aurais presque une bonne raison pour cela: le dimanche 7 mai, je serai en Namibie pour le boulot.

Politiquement, aussi, la perspective de voter pour Emmanuel Macron™, ne m’enthousiasme pas. On peut argumenter à l’envi sur le fait que son programme, aussi flou soit-il, se compose en grande partie de précarisation, de flinguage en règle des services publics (le coup des « cars Macrons », quand il était au gouvernement, est un exemple d’anthologie), de gouzis à la finance.

Fondamentalement, il s’agit de la continuation de la politique de son (futur?) prédécesseur: un tiers de socialisme mou, deux tiers de thatchérisme béat. Autant d’occasions de donner des arguments au populisme lepéniste, qui drague depuis longtemps sur les terres ouvrières.

Je n’évoquerai même pas la perspective de voter pour la maison Le Pen (père, fille et assimilés). Sans vouloir entrer dans la caricature, ce parti abrite beaucoup trop de gens qui prônent publiquement l’élimination physique des pas-comme-eux.

Voter blanc, nul ou pas du tout est un choix politique comme un autre. Il est certes stigmatisé par beaucoup – à peu près autant qu’il est porté aux nues par des gens qui oublient un peu trop facilement que le système électoral actuel le dévalorise massivement.

À vrai dire, il est difficile pour moi dire ce qui est le plus éthiquement acceptable, entre voter pour un candidat qui promet un rêve humide pour corporate cyberpunk et refuser le jeu et ne servir finalement à rien – et peut-être même pousser au pire.

Finalement, deux choses me poussent à faire une procuration et voter quand même. La première, c’est qu’Emmanuel Macron ne représente pas un mouvement politique qui veut abattre la démocratie. En tout cas pas ouvertement – à vrai dire, je ne suis même pas sûr qu’il représente un mouvement politique.

La seconde, c’est qu’après cette élection présidentielle, il y aura des législatives qui ont des chances de changer la donne de façon plus radicale encore que la présidentielle. Même si la Ve République a des faux airs de monarchie présidentielle, un exécutif ne peut pas faire grand-chose légalement s’il ne contrôle pas également le Parlement.

En fin de compte, je ne vote pas tant pour Emmanuel Macron que contre Marine Le Pen. Ça fait pas mal d’années que la théorie sur l’élection présidentielle française, c’est « au premier tour on choisit, au second on élimine ». J’aurais aimé choisir le meilleur candidat, je dois me contenter d’éliminer le pire. Been there, done that: j’ai déjà voté Chirac entre 2002 contre le père de l’autre.

La politique, c’est compliqué. Je suppose que, vu depuis la France, ça peut paraître simple, avec un côté gentil vs. méchants – dépendant bien sûr du côté où on regarde – mais, vu de Suisse, c’est plus subtil.

Je vis dans un pays où le compromis est plus qu’un outil: c’est un art de vivre. D’ailleurs, le parti qui s’était fait une spécialité de ruer dans les brancards, ces vingt dernières années – l’UDC, pour ne pas le nommer – est en train de se prendre un retour de bâton pas piqué des edelweiss.

La politique française et son côté que je qualifierais de « passionné » par amour de l’euphémisme cynique ne cesse de m’étonner, mais c’est tellement entré dans les mœurs que je finis par me dire qu’à moins d’un 1789 bis – et quelques décennies de bordel sanglant derrière – il n’y a que peu de chances de voir les mentalités changer.

L’autre option, c’est un 1940 bis et je crois que peu de gens ont réellement envie de ça.

Enfin, je l’espère.

(Photo: Dépouillement dans un bureau de vote en France, mars 2014, par Pierre-Alain Dorange via Wikimedia Commons, sous licence Creative Commons, partage dans les mêmes conditions (CC-BY-SA))

Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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3 réponses

  1. Pilgrimwen dit :

    Toi aussi, tu t’y mets… J’ai hâte que tout ce merdier se termine, l’ambiance commence à devenir pesante (voire moribonde) en Centre-Bretagne (et ailleurs en France j’imagine) concernant ces élections. Que l’esclavagiste ou la fasciste gagne, ça ne changera pas grandement mon quotidien… Au contraire, en ce moment, l’un comme l’autre plombent mon quotidien. Un peu fatigué de tout ce foutoir…

    • Alias dit :

      Je comprends. Même dans un autre pays, ça me mine.

      Mais dès demain, je recommence à parler de choses qui n’intéressent que moi, promis. 😉

  1. 03/05/2017

    […] Tonton Alias* a été le deuxième. Plus modéré, plus tempéré, je suis d’accord avec lui sur le fait de voter contre Marine Le Pen et non pour Emmanuel Macron. […]

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