Petite monnaie

Le financement participatif est-il son propre pire ennemi?

Il n’y a pas que pour les monarques républicains et les forêts arctiques que l’été est chaud, cette année. Des sites de financement participatif ont connu quelques déboires ces derniers temps, déboires qui motivent, directement et indirectement, ce billet.

Il y a d’abord eu Tipeee, suite à un article de Numerama mettant en lumière deux aspects discutables du site: un certain manque de transparence au niveau fiscal qui pourrait engendrer un retour de bâton et, surtout, la présence sur la plateforme d’un certain nombre de créateurs que l’on qualifiera de problématiques pour rester poli.

Plus récemment, c’est Liberapay qui s’est vu lâché, sans raison claire et avec un préavis minimum, par son partenaire commercial en charge de la gestion des paiements. On rappellera que le prédécesseur de Liberapay, Gratipay, avait eu des soucis avec les autorités anti-blanchiment d’argent.

Avant cela, il y a eu la tentative de changement de politique de Patreon qui a failli leur exploser à la face, les modifications majeures de Flattr qui, de mon point de vue, ont réduit le revenu reçu par cette plateforme à zéro, ou l’attitude de PayPal (et de Patreon aussi, d’ailleurs) vis-à-vis de contenus qui choquent la morale bourgeoise – ou des financements participatifs, d’ailleurs.

Je pourrais aussi mentionner divers scandales autour de financements participatifs qui ont débouché sur du vent. Mais ce n’est que marginalement à propos. D’autres que moi en ont déjà parlé, ça tient plus à un problème de personnes que de plateforme.

Le premier souci, c’est que ces plateformes touchent à un sujet – l’argent – sur lequel beaucoup d’acteurs institutionnels (banques, État, etc.) sont très pointilleux. Les transferts d’argent de pair à pair, sans contrôle central, c’est peut-être le rêve pour les créateurs, mais c’est surtout le cauchemar de pas mal de gens, à commencer par les impôts et les douanes. Des gens puissants, donc.

Du coup, pour être dans les clous, les plateformes de financement participatifs se doivent d’être le plus “dans les clous” possible. Ce n’est pas toujours facile. D’une part, toute personne qui a eu à gérer les demandes contradictoires d’une administration tatillonne (= toute personne) sait que l’exercice est très mauvais pour les nerfs. D’autre part, il y a un rapport de force qui n’est pas en faveur de la bande de passionnés et le cabinet d’avocats mandaté par une grosse banque, par exemple.

Il ne faut pas être naïf: il y a un certain nombre de personnes et de groupes qui sont à l’affût de possibilités de faire circuler des fonds via des plateformes numériques – et donc potentiellement scriptables – en évitant les regards soupçonneux de la Loi. Et, de même, il y aura aussi des entreprises qui essayeront de se faire du blé en proposant aux créateurs des solutions alléchantes sur le papier, mais foireuses devant les tribunaux.

Cela dit, j’en viens au second souci, qui est plus général: la frilosité des créateurs face à ces plateformes et, dans le cas présent, leur tendance à abandonner le navire à la moindre contrariété.

Je sais bien que je ne suis pas un modèle de succès pour le financement participatif – et que, de toute manière, le pluriel de “anecdote” n’est pas “faits avérés”, mais je commence à avoir une certaine bouteille dans le domaine. Pour mémoire, je me suis inscrit sur Flattr il y a huit ans.

Là où je veux en venir, c’est qu’avoir un compte sur une ou plusieurs de ces plateformes, ce n’est pas un gros boulot. Disons une demi-heure pour le créer, maximum une heure pour l’intégrer à son ou ses sites (si besoin est), puis une demie-heure par mois pour le “gérer”. Et que ces plateformes ne fonctionnent réellement que s’il y a une “masse critique” de créateurs présents.

Alors certes, si on veut que ça bouge un peu, faire de “l’évangélisation” n’est pas une mauvaise idée et là, effectivement, ça prend du temps. Mais, dans l’absolu, le coût d’un compte Liberapay est très exactement de zéro. Idem pour Tipeee et la plupart des autres plateformes que je connais. Le seul “coût”, c’est peut-être la tendance à vouloir vérifier le niveau de ces comptes toutes les dix minutes et la frustration quand ça ne bouge pas. Oui, je parle d’expérience.

Une autre critique que j’entends régulièrement, c’est le côté “je redonne tout ce que je gagne à d’autres créateurs”. OK, cool, mais ce n’est pas obligatoire. Je peux comprendre qu’en étant soi-même créateur, on a envie d’encourager les collègues, mais rien n’oblige non plus à rendre tout l’argent (sauf si on s’appelle François Fillon).

Je pense ne pas trop m’aventurer en disant qu’aujourd’hui, les créateurs ont plus que jamais besoin de sources de revenus diverses, raisonnablement régulières et transparentes. Les sites de financement participatif, que ce soit ceux qui proposent des plans réguliers de mécénats, des micro-dons ponctuels ou des solutions pour obtenir des fonds pour des projets importants, sont en théorie des outils intéressants, en complément ou en remplacement des circuits traditionnels de la création.

Mais, pour que ces outils fonctionnent, il fait d’une part leur donner leur chance, d’autre part s’efforcer de le faire savoir. Et, bien entendu, rester vigilant et ne pas hésiter à faire remonter des critiques si on pense qu’il y a des choses qui ne jouent pas. Après tout, c’est aussi ça l’intérêt d’Internet.

(Image via Pixabay sous licence CC0)

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