La Carte X à l’usage

Carte Y

À toute chose malheur est bon: grâce à un article nauséabond d’un masculiniste de gouttière qui a quelque peu enflammé les réseaux sociaux (enfin, surtout un) ce dimanche, je me suis souvenu que je m’étais promis de revenir sur mon expérience avec la Carte X. Si le sujet vous emmerde, vous avez le droit de ne pas lire: promis, je ne formaliserai pas.

En gros et en très résumé, la Carte X, c’est un dispositif de sécurisation pour parties de jeu de rôle. Ça consiste en une simple carte à jouer disposée sur la table, bien en évidence, et ça se comporte comme un bouton d’arrêt d’urgence.

Pour une raison qui m’échappe, c’est un concept qui semble générer une dose proprement ahurissante de malentendus et de fantasmes. Mon idée avec ce billet est de vous faire un retour d’expérience.

En effet, depuis l’automne 2017 et OctoGônes, j’ai commencé à en utiliser systématiquement une variante dans les parties que je mène en convention. Je la pose sur la table en début de partie et je fais un petit laïus sur le thème:

“Ça, c’est la Carte Y – Y comme “yokr“, ça veut dire “joker” en suisse allemand. C’est un peu le bouton d’arrêt d’urgence. Si vous êtes d’accord, je vais la poser sur la table. Vous ne me connaissez pas, je ne vous connais pas, si jamais, pendant la partie, il y a un malaise que vous n’arrivez pas à exprimer, vous pouvez montrer, prendre, taper cette carte. On arrête le jeu quelques instants, on regarde ce qui ne va pas, on s’adapte et on continue.”

L’explication prend quelques secondes, une minute à tout casser et, au final (spoiler!) ça ne change rien.

Au cours de ces derniers mois, j’ai dû faire une petite dizaine de conventions où, à chaque fois, j’ai joué entre deux et six parties. Disons, au total, entre trente et quarante parties où la Carte X était sur la table (sauf les rares fois où je l’ai oubliée).

Personne n’a eu à l’utiliser, personne non plus n’a été particulièrement choqué de la voir mentionnée; une petite majorité des joueurs ne semblaient pas en avoir entendu parler jusque là.

Du coup, on pourrait dire que la Carte X ne sert à rien? Oui et non.

Il faut dire aussi que la plupart des parties que j’ai jouées – la quasi-totalité, en fait – étaient des parties de Freaks’ Squeele, le jeu d’aventures. Si c’est un univers qui n’hésite pas à traiter de thèmes adultes, j’ai surtout joué des scénarios très balisés où le risque de dérapage étaient somme toute faible.

Quelque part, je me dis qu’un jeu comme Tigres Volants / Erdorin est plus susceptible de générer des situations plus tendues du slip – littéralement, quand on parle des Elfes pansexuels de l’espace.

D’une part, il y a quelques fois où j’étais très content de l’avoir, notamment quand j’ai eu des très jeunes joueurs à ma table. D’autre part, quelques commentaires autour des tables me laissent penser que, pour certains joueurs, la seule présence de ce carte est rassurante. Ça permet de visualiser l’existence d’un mécanisme de sécurisation.

Quand je joue avec mes joueurs habituels, on se connaît depuis suffisamment longtemps pour savoir que, s’il y a un truc qui coince, on peut se le dire. Je l’utilise surtout en convention, parce que je me retrouve avec des gens que je ne connais pas. 

Avec des inconnus, il y a tout un tas de circonstances qui font que des problèmes potentiels restent muets. J’ai déjà eu des joueurs qui étaient intimidés par ma simple présence. Ne me demandez pas pourquoi. La barbe, peut-être. Dans ce genre de situation, la carte X est un objet neutre qui peut débloquer la parole.

En conclusion, la carte X (ou Y), c’est un outil qui a son utilité, principalement quand on est MJ avec des joueurs qu’on connaît peu ou pas. En convention, par exemple. Et pour ceux qui craignent des abus, je vais de nouveau m’auto-citer:

Alors oui, peut-être que ça va “casser l’ambiance”, mais d’une part ceux qui jouent à des jeux d’ambiance en convention n’auront que ce qu’ils méritent et, d’autre part, je préfère casser l’ambiance que casser une personne fragile.

Et allez, histoire d’enfoncer le clou, cadeau de la maison (licence CC0):


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Alias

Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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1 réponse

  1. 28/06/2018

    […] j’insiste… Stéphane Gallay (Tigres Volants/Freak Squeel’s) n’est pas le seul créateur de jeu de rôle (si tant est que ce titre donne une légitimité) à […]

Mentions

  • Suis-je un troll ou une SJW ? – Alternative Reality – Un dessin par Jour

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