Dans l’œil du shitstorm: l’affaire carte X

La semaine passée vous avez vu passer l’article invité de Sébastien Delfino, faisant suite à mon éviction du groupe Facebook “Discussions de rôlistes”. J’ai voulu attendre un peu pour donner ma vision des faits. Je dis bien “ma vision des faits”; je ne prétends pas que ce soit la vérité, avec ou sans majuscule, ni même un compte-rendu objectif.

D’une part, le contexte: l’article que j’ai publié le 22 juin faisait suite à deux événements distincts, mais liés. D’une part, mon premier article sur le sujet, daté de fin octobre 2017, à la suite duquel je m’étais promis d’écrire un retour plus complet de mon expérience. D’autre part, le billet masculino-trolliste qui, autour du dimanche 17 juin, prenait 1 500 mots pour expliquer qu’il n’avait rien compris à la carte X, mais que c’était Mal, parce que raisons.

Je suppose que, si on ne prend que la deuxième partie de ce contexte – et des discussions plutôt enflammées qui ont suivi parmi mes contacts – ma décision de publier ce retour d’expérience dans le but explicite d’en “rajouter une couche” peut être perçu comme du troll.

De mon point de vue, le troll implique une intention de relancer une polémique avec des arguments de mauvaise foi, pour le simple plaisir de mettre le souk. Je vais être honnête: j’ai été amusé par la perspective de hérisser le poil d’un certain nombre d’opposants de la carte X, ceux qui confondent leurs fantasmes avec la réalité et ceux qui sont opposés à tout processus de sécurisation parce que c’est Mal (voir plus haut).

Mais le but premier de cet article était de poser des arguments aussi factuels que possible pour tenter de dissiper un peu le nuage de FUD (fear, uncertainty, doubt) entretenu par certains (de bonne foi ou non). Ne pas céder le terrain, en d’autres termes.

Comme tous mes billets en rapport direct avec le jeu de rôle, je l’ai partagé sur un certain nombre de groupes rôlistes sur Facebook, dont Discussions de rôlistes.

À ce stade, j’avais zappé que l’administrateur du groupe avait, il y a quelques temps, imposé un veto strict sur tous les sujets qui traitent de la carte X et assimilés. Soit parce que j’en ai raté l’annonce, soit parce que je l’avais oubliée – à ma décharge, elle n’était pas clairement indiquée dans les règles du groupe. Ce qui signifie en clair que ledit admin était parfaitement en droit de m’éjecter du groupe.

Soyons clair: je ne lui en veux pas. Sans ironie.

Cet épisode a eu cependant des conséquences. Notamment, mon éjection du groupe a généré pas mal de réactions, plus ou moins violentes. Ce n’est pas très malin.

D’une part, parce que c’est se mettre au même niveau que ceux qui n’hésitent pas à aller harceler les gens qui ont le malheur de pas être de leur avis. Personnellement, j’appelle ça avoir un comportement de connard et le souci, c’est qu’à force d’avoir un comportement de connard, on finit par passer pour un vrai connard.

D’autre part, mon nom s’est retrouvé mis en avant dans cette histoire. En soi, ce n’est pas un problème majeur; si je ne voulais pas qu’on parle de moi, je ne publierais pas, déjà. C’est juste que, soudainement, je me retrouve le porte-étendard d’un mouvement que je n’ai pas vraiment voulu et que ma médiocre personne devient une sorte de Statue du Commandeur et l’éviction du groupe un crime de lèse-majesté.

Être auteur de jeu de rôle ne donne droit à aucun traitement de faveur. Nulle part.

Parfois, tu es invité dans des conventions et, si tu as de la chance, des gens te payent des bières. Éventuellement, si tu n’es pas trop mauvais, ton opinion sur des questions ayant rapport avec la conception de jeux ou l’édition peut avoir plus de poids que celle de Kévin Péji, mais c’est tout. Et ce n’est pas un droit non plus.

Une troisième conséquence met en lumière un problème que j’avais déjà évoqué: celui de la modération. Dans le cas de Discussions de rôlistes, le problème est que ce groupe héberge une très petite frange de gens toxiques (probablement moins d’une dizaine), avec un petit noyau de suiveurs qui trollent pour le lulz sans forcément se rendre compte qu’ils contribuent ainsi à l’atmosphère délétère du groupe.

En face, il y a très exactement un modérateur – l’administrateur. Pour gérer un groupe qui annonce 6 000 inscrits – dont probablement 5% actifs et, sur ces actifs, 5-10% de toxiques et lulzistes – c’est léger.

Surtout, ça donne l’impression d’un groupe où la moindre discussion qui sorte du créneau “D&D ou Cthulhu?” part en vrille à cause d’une frange de provocateurs qui agissent en toute impunité. Et où la modération implique l’utilisation de la bombe à neutron en espérant que ça calme les autres. Vu que l’opération doit être régulièrement renouvelée, ça donne une assez bonne idée de l’efficacité de la chose.

Quelque part, le fait de m’être fait bannir (comme Bruce) de ce groupe est une bonne chose. J’avais tendance à y rester principalement pour garder un œil sur ses éléments les plus toxiques et leurs délires – le défaut de bloquer les gens à tour de bras, c’est que tu finis par vivre dans une bulle de bisounours au milieu d’une décharge publique.

N’empêche que c’est quand même un peu vexant de se faire jeter. Mais j’y survivrai. N’en déplaise à certains.

(Images: Cyclone Isabel vu depuis la station spatiale internationale, via Wikimedia Commons, domaine public)


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Stéphane “Alias” Gallay, graphiste de profession, quinqua rôliste, amateur de rock progressif, geek autoproclamé et résident genevois, donc grande gueule. On vous aura prévenu.

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5 réponses

  1. Romain d'Huissier dit :

    Ah ben, qu’est ce que tu as contre Paiji ? (déjà que tu orthographies mal son pseudo)

  2. lendraste dit :

    Vu que je te connais un peu, une mise au point non nécessaire, et probablement inutile, tes détracteurs n’ayant pas la curiosité de te lire (surtout parce qu’ils ne savent même pas pourquoi ils doivent te détester). Mais ça a le mérite d’être écrit.
    Soutien.
    lendraste Articles récents…MOD-US : Raconter vs Simuler, la différence et les enjeuxMy Profile

    • Alias dit :

      C’est partiellement une mise au point et aussi pour moi une façon de mettre un point final (ou voulu comme tel) à l’incident.

      Merci pour le soutien.

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